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Voici un texte écrit y a quelques temps. C'est une idée un peu farfelue qui m'est passée par la tête, elle n'est pas forcément bien traitée, mais elle plait beaucoup. Alors je vous l'offre. Bonne lecture.

Détective en Expressions

Laissez-moi vous parler d'un petit blondinet répondant au nom de Maxime. Son diminutif, Max, se transforma rapidement en sobriquet, Max la Menace, à cause de toutes les bourdes qu'il faisait, car la tête toujours dans les nuages. Ses vieux disaient de lui qu'il était un peu retardé, qu'il n'avait pas la lumière à tous les étages, moi je vous dis qu'il n'en était rien. Si ses pensées se baladaient autant, c'était tout simplement parce que Max cherchait. Parfaitement ! Mais il ne cherchait pas des objets, des coquillages ou des ennuis, non. Lui, il passait le plus clair de son temps à chercher des réponses aux questions qu'il se posait. Parce que des questions, il s'en posait beaucoup. Et même trop ! au grand dam de ses géniteurs.

Tous deux descendaient de familles d'ouvriers dont la marotte prônait qu'une assiette remplie à table, par un dur et honnête labeur, valait bien plus que les onéreuses nourritures de l'esprit, qui étaient d'ailleurs justes bonnes à gaver les faignants. Trimeurs dans une aciérie, ils adhéraient totalement à cet aphorisme. Alors, quand leur rejeton voulait savoir comment il faisait le soleil pour brûler tout le temps? Quand il demandait pourquoi les aiguilles des sapins elles tombaient pas en hiver? Ou pourquoi les garçons ils avaient un zizi et pas les filles? Ou encore pourquoi mamie elle sentait pas bon de la bouche? Et puis pourquoi tonton Jean il avait les pieds qui sentaient le fromage? Ils se retrouvaient comme des crétins, n'ayant aucune réponse à lui balancer. Ils éludaient ou répondaient succinctement. Et chaque fois qu'un semblant d'explication entraînait une autre question, ils sortaient l'incontournable réplique : " Va jouer dans ta chambre ! "
Cette faim de savoir était un mystère pour eux. Dans les premiers temps, ils mirent ça sur le compte de cette curiosité naturelle qui anime tous mioches normalement fabriqués, mais très vite, ne pouvant expliquer ce trait de caractère inexistant chez les autres membres de la famille, qu'ils aient cassé leur pipe ou pas, ils cataloguèrent leur fils comme "idiot du village", évoluant dans son propre monde comme le fils des voisins, autiste. Il leur était ainsi plus facile de faire abstraction de toutes ces questions, et surtout, ils se sentaient moins stupides à essayer de transmettre des connaissances qu'ils n'avaient pas.
Loin d'être ramolli de la courge, le p'tit gars comprit très vite que ses vieux, et les autres membres de sa famille, préféraient macérer dans leur ignorance, patauger dans leur indigence intellectuelle, plutôt que de s'exciter la crinière sur ces mystères qui jonchaient la vie de tous les jours. Aussi décida-t-il de les résoudre lui-même.

Les débuts furent difficiles, accomplir un boulot pour lequel vous n'avez aucune formation est loin d'être une sinécure. Est-il facile pour un fossoyeur de refaire une beauté à un macchabée sans le faire ressembler, au final, à Freddy Krueger dans les Griffes de la Nuit? Non, bien sûr. Et pour Max, c'était du pareil.
Où fouiner? Où dénicher des indices? Comment s'y prendre? Par quoi commencer? Les réponses se trouvaient-elles dans le poste de télé, à la radio, dans les bouquins? Devait-il causer à une personne en particulier, comme le mec de la gare, planté derrière le mini bar sur lequel était mentionné : "Accueil Information", et qui renseignait la bande d'atrophiés du bulbe trop paresseux pour lire le tableau des départs et les panneaux indicateurs? Ou devait-il utiliser uniquement de son caberlot?
Devant tant d'embûches, beaucoup lâcheraient l'affaire, mais lui non ! Il ne se décourageait pas. A longueur de journée, il tournait les questions dans sa tronche, passait en revue différentes pistes, observait et écoutait le monde qui l'entourait. D'indices en idées, de gestes en paroles, il déduisait ses réponses.
Un jour, en visite chez un copain de classe, Max vit le père mettre une bûche dans la cheminée et attiser les flammes avec un soufflet en bois. Il fit aussitôt le parallèle avec le soleil. Dieu mettait des bûches dedans et attiser le feu avec un soufflet gigantesque. Il s'en occupait toute la journée, et quand venait l'heure de pioncer, il le laissait mourir. Et du même coup, cela résolvait une autre affaire : pourquoi il y avait du jour et de la nuit?
Dans la cour de son école, par un jour d'automne chialeur, il observait le vieux marronnier, au tronc énorme, qui trônait au milieu d'un petit jardin dans un angle de la cour. Il n'avait jamais éprouvé d'intérêt pour cet arbre dont la taille lui laissait penser qu'il devait être aussi vieux que la dirlo – à moins que ce ne soit l'inverse – mais ce jour là, les feuilles aux couleurs flamboyantes qui virevoltaient dans l'air humide expliquaient l'absence de zizi chez les filles. Elles le perdaient à l'automne comme les arbres perdaient leurs feuilles. C'était aussi simple que cela. Et si les sapins conservaient leurs aiguilles à longueur d'année, c'était tout simplement parce qu'ils étaient les garçons des arbres.
Au grand repas de famille, qui se déroulait chaque 15 Août, il entendit l'histoire de tonton Jean. Ce tonton dont le visage criblé de rides et le Borsalino usagé lui donnaient un air de gangster des années 60 était résistant pendant la seconde guerre mondiale. Il avait en charge de faire passer de la nourriture au maquis au nez et à la barbe des boches. Max comprit alors que son tonton planquait du fromgi dans ses godillots pour que les "scheuleus", comme disait son tonton, ne le découvrent pas, et que depuis, ses arpions en avaient gardé l'odeur.
L'énigme la plus effrayante qu'il résolut fut celle concernant sa grand-mère. Quand il tomba, au fond du jardin, sur un pigeon cané qui exhalait une odeur méphitique, il réalisa que la vieille ne tarderait pas à finir dans le même état. Il s'empressa de la prévenir, mais ce geste, uniquement motivé par l'amour, ne trouva pas bon accueil. La condamnée n'apprécia guère qu'un petit morveux vienne pointer du doigt son haleine de fosse septique, et lui reprocher par la même occasion son manque d'hygiène. Attitude par ailleurs assez compréhensible quand on sait que la vioque n'avait plus une seule ratiche à nettoyer depuis belle lurette, et ne pas récurer le reste lui permettait d'économiser ses forces déclinantes. Il récolta une bouffe pour son impolitesse, et se tapa une punition d'une semaine lui interdisant tout dessert à table.
Cette sale affaire faillit sonner le glas de ce loisir peu commun, qualifié sur le coup de dangereux. Certaines vérités n'étaient peut-être pas bonnes à dire… Mais il y avait beaucoup trop de mystères comme ceux-ci à résoudre, et de nouveaux apparaissaient chaque jour. Il ne pouvait décemment pas les ignorer, sa curiosité ne le permettait pas. Alors il décida de continuer son œuvre, mais en s'imposant une règle : toutes découvertes seraient tenues secrètes, particulièrement envers la famille.
Dans les semaines et les mois qui suivirent, Max utilisa une grande partie de son temps libre pour apporter des réponses à toutes ces questions, plus intrigantes les unes que les autres, qui remplissaient sa vie quotidienne. Un petit jeu d'esprit agréablement divertissant, auquel il prenait beaucoup de plaisir, qui aurait pu en rester là si une phrase n'était pas venue lui chatouiller les tympans, l'année de ses six ans, pour en faire une véritable vocation, encore intacte à ce jour.

Par un Dimanche après-midi routinier, Max était allongé sur le tapis du salon, entre les deux fauteuils dans lesquels s'affalaient ses vieux pour regarder la téloche. Plus particulièrement, une série policière dont ils ne manquaient aucun épisode.
Les jeux vidéo étant un loisir trop cher pour la bourse familiale, le garçonnet tuait le temps avec ses figurines de chevaliers, histoire de faire un break dans ses recherches, quand cette phrase lui tomba dans le creux de l'oreille.
C'était un des personnages du feuilleton qui venait de la prononcer. Il n'avait aucune idée du contexte dans lequel elle avait été dite, les intrigues policières n'étant pas sa tasse de thé, mais elle lui secoua les méninges comme jamais avant. Quelque part dans son ciboulot, un mécanisme chimique se déclencha, alluma des signaux en divers endroits, excita les neurones, décrassa les synapses, et mit à chauffer la centrale électrique. Sa curiosité se mettait en branle. Une question pointa le bout de son pif, et comme toutes les autres, elle requérait une réponse.
Il posa un regard dubitatif sur ses vieux. Pouvait-il leur en faire part ou devait-il se débrouiller tout seul? Son hésitation était grande, il doutait d'avoir un résultat concluant. Il était même sûr de se retrouver une fois de plus le bec dans l'eau. Pourtant il ne pouvait s'empêcher d'espérer qu'un jour, l'un ou l'autre accorderait un peu d'attention à une de ses questions, que l'un des deux prendrait le temps de lui révéler un de ces mystères, en le lui expliquant clairement.
Dans cette idée, il abandonna ses figurines et s'accouda au fauteuil de son daron.
- C'est quoi un naturel? demanda t-il en les regardant tour à tour.
A peine surpris par cette nouvelle crise de débilité, les parents gardèrent leur attention fixée sur la boite à lobotomiser pour lui demander de quoi il causait?
- Ben le monsieur dans le film, il a dit : "Chassez le naturel, il revient au galop !" Mais c'est quoi un naturel?
- Mais c'est rien un naturel, répondit son père, un poil énervé. C'est juste une expression.
- Une expression? C'est quoi une expression?
- Mais j'en sais rien ! Tu vois pas qu'on regarde la télé, retourne jouer !
Ce n'était pas encore pour cette fois. Il faut dire aussi que l'instant était bien mal choisi. Les emmouscailler à cette heure-ci, un dimanche, équivalait à les réveiller brutalement au milieu de la nuit, en pleine semaine, pour trois fois rien. Cela avait le don de les mettre en pétard. La jugeote du petit Max n'était pas encore assez farcie pour sentir quels étaient les moments les plus propices aux questions, s’il n’y eut jamais un bon moment pour cela…
A peine déçu, il obéit, mais ignora ses jouets. Il ne pouvait leur porter d'intérêt tant que ces questions restaient sans réponses. A la place, il les ramassa et gagna sa chambre. Après les avoir rangés, il posa ses fesses sur son bureau d'écolier, devant le cahier à grands carreaux dans lequel il notait toutes les énigmes et leur explication.
Ce meuble d'un autre âge, lié intimement au siège et dont la partie inclinée du plateau se soulevait pour accéder au casier de rangement, avait été offert à Max par son grand-père. Pépé François l'avait barboté une vingtaine d'années auparavant dans la cour d'une école primaire. Il savait que cet instrument de torture poireautait dehors le temps que le personnel fasse un peu de ménage dans les locaux, mais pépé François avait vu là un bon moyen de se meubler à moindre frais.
Il n'était pas en grande forme; la charnière qui faisait pivoter le plateau incliné était complètement rouillée, cassée par endroit et s'ouvrait en deux comme une braguette. De plus, quelques vis délurées s’étaient fait la malle en compagnie d’éclats de bois, très certainement pour mener une vie de patachon, mais le vieillard, plus intelligent des doigts que de la tronche, eut juste besoin de lui faire un petit lifting pour lui donner une seconde jeunesse. Une fois retapé, le modèle réduit de secrétaire passa sous le croupion de tous les lardons de la famille avant d'atterrir sous celui de Max.
Sur la page de gauche du cahier ouvert, une phrase écrite dans une calligraphie enfantine demandait pourquoi les nuages, ils tombaient pas du ciel? A la suite, ratures et griffonnages se bigornaient les cédilles dans une rixe monumentale. C'était une question sur laquelle le petiot planchait depuis plusieurs jours, une affaire tordue qu'il avait bien du mal à élucider, mais celle de ce Naturel revêtait un attrait indéfinissable qui reléguait les nuages au rang de pipi de chat. Il la laissa donc de côté pour l'instant, afin de cogiter sur la nouvelle.
Que pouvait être un naturel? Si on le chassait, ce ne pouvait être qu'un animal, mais de quel genre? Il savait qu'on chassait des sangliers, des cerfs, des faisans et même des lions, il l'avait vu à la télé. Une pratique qu'il exécrait par dessus tout, soit dit en passant. Décaniller des animaux qui n'ont aucun moyen de défense contre les armes à feu, ce n'était que pure infamie ! Mais le Naturel lui, est-ce qu'il pouvait se défendre? Et quel était le rapport avec une "Expression"?
Ces questions, il les rumina plusieurs jours. A la bibliothèque de l'école, il tenta de tirer les vers du nez à la grande encyclopédie illustrée et aux deux ouvrages sur le règne animal, mais il fit chou blanc. Et ses indics habituels; télé, radio, le monde qui l'entourait, bouquins, faune et flore n'avaient aucune info à lui refourguer.
Il s'adressa alors à sa maîtresse. Non pas parce qu'il pensait que cette grande gigue lui fournirait des informations susceptible de le mettre sur une piste - car toute gentille et mignonnette qu'elle était, elle planait souvent à dix milles, et elle avait le don de s'entortiller dans des phrases incompréhensibles – mais par simple désespoir.
- Mademoiselle, c'est quoi un naturel?
- Houlà ! Etrange question mon petit Max ! Un naturel dis-tu? Cela a t-il un rapport avec la nature comme dans "causes naturelles" ou "forces naturelles", "frontières naturelles", "lac naturel", "couleurs, milieu, lumière, phénomène naturel"? A moins que tu ne veuilles parler de biologie comme la "sélection naturelle" ou les "sciences naturelles", que tu découvriras au lycée. Ou alors, tu fais allusion au naturel de chaque individu, sa personnalité, son caractère, sa façon de se comporter, sans mensonges, masques ou artifices. Tu vois, un naturel, cela peut-être beaucoup de chose. C'est un adjectif qui peut s'expliquer de différentes façons. Tu voulais savoir quoi exactement?
- Euh ! Non rien ! Merci mademoiselle.
Le petiot préféra en rester là. N'ayant rien capté de cette explication, il s'éloigna, pensif.
- Décidemment, se dit-il, les adultes, ils devraient retourner à l'école parce qu'ils savent rien de rien. Même pas expliquer les choses bien comme il faut ! Ou alors, la question, elle est tellement dure que même les grands ils savent pas l'expliquer… Ouais, c'est ça ! Elle est trop dure, sinon, j'aurais déjà trouvé la réponse comme avec les autres questions.
Comprenant qu'il ne dénicherait la solution qu'au milieu de ses réflexions, il regagna ses pénates à toute berzingue, déboula dans sa chambre, et prit place au bureau. Stylo bille en main, acheté dans un supermarché discount à 10 centimes l'unité, il ouvrit son cahier, et se pressa le citron.
- Alors, réfléchit-il à voix haute. Un Naturel, c'est déjà un animal puisqu'il est chassé, ou un papillon, parce qu'on chasse aussi les papillons. Mais ça peut pas être un papillon, ça galopent pas les papillons. Donc, c'est un animal, mais pas comme le cerf ou le sanglier. Et pas comme un oiseau non plus ! Non, un Naturel, c'est un cheval ! Ouais ! Parce que y a que les chevals qui galopent.
Après avoir noté cette première déduction, il reprit ses spéculations orales.
- Mais à quel cheval il ressemble? Il y a les gros qui tirent les charrettes, ceux qui font les courses que papa regarde à la télé, les petits pour faire des promenades à la fête foraine, et y a ceux qui font de la danse ou qui sautent au-dessus des barres. Mais lequel c'est?
Pendant plus d'une heure, Max chercha une correspondance avec un canasson existant. Il passa en revu tous ceux qu'il connaissait, étudia leur profil, leurs caractéristiques principales avec soin afin de savoir si elles collaient avec un Naturel. Mais toutes les pistes se terminaient en cul-de-sac. Il conclut que cet animal ne ressemblait à aucun d'eux. Normal après tout, cela aurait été trop simple, et cette affaire ne l'était pas ! Il continua donc à baragouiner ses pensées pour mettre de l'ordre dans ses idées, et décrire en détail un Naturel.
- Il doit avoir des jambes comme les chevals, mais plus grandes pour courir plus vite. Parce que ça doit aller vite un Naturel. Et puis sa tête, elle est comme le cheval aussi, mais avec des cornes de bouc pour se défendre, et des oreilles de chats pour entendre plus loin. Après, il doit avoir un grand cou, comme les girafes, pour voir très loin. Et partout sur tout le corps, il a plein d'écailles comme les dragons pour empêcher les tigres et les lions de le mordre. Mais il a pas d'ailes, car un Naturel, ça sait pas voler. Ouais, voilà ! Ca ressemble très bien à un Naturel, ça !
Satisfait de ce portrait robot, il le coucha sur papier, en secouant la tête de haut en bas, un sourire ravi pendu à ses lèvres. Puis il relut son torchon afin de prévenir toutes omissions, corrigea les fautes d'orthographe où il y en avait pas, et commença à s'intéresser à la seconde question : Où il revient le Naturel? Mais il n'eut pas le temps d'approfondir, le dîner était prêt.
Il aurait bien voulu renâcler, et poursuivre son enquête, mais la seule et unique fois qu'il avait osé le faire, il s'était mangé deux torgnoles qui l'avaient envoyé au pieu avec pour seule nourriture ses rêves d'enfants.
Il vida son assiette d'un coup de fourchette expéditif qui aurait fait passer ses vieux pour des bourreaux d'enfants, les privant de nourriture, auprès d'un tiers. C'était bien la première fois qu'ils le voyaient se bâfrer d'épinards et de foie de veau sans rechigner. Le dessert fut expédié avec autant de hâte, et il retourna à son enquête.
- Alors ! Où que j'en étais? Ah oui ! Il revient où le Naturel? Chez lui? Chez son papa et sa maman? Au zoo peut-être?
Encore une fois, aucune des hypothèses qu'il formulait ne cadraient. Il devait trouver la solution pas à pas comme il l'avait fait avec le physique.
- S'il revient, c'est qu'il part ! Parce qu'on peut pas revenir sans être parti. Mais pourquoi qu'il part? Parce qu'il est chassé comme à la télé bien sûr ! Les chasseurs, quand ils arrivent avec leurs fusils pour le tuer, ils font fuir le Naturel. Avec son grand cou et ses oreilles de chats, il les voit et les entend avant qu'ils tirent. Il se met à galoper avec ses grandes jambes. Il court très vite et très loin. Les chasseurs le poursuivent, mais comme ils z'ont pas de grandes jambes, ils se fatiguent très vite. De toute façon, même avec des baskets qui font courir vite, ils pourraient pas le rattraper. Alors, ils lui tirent dessus, mais comme les balles elles peuvent pas trouer les écailles de dragon, le Naturel il continue de courir. Et quand les chasseurs ils sont fatigués, et qu'ils arrivent plus à rien faire, ben le Naturel il revient à son point de départ. Voilà pourquoi on dit : "Chassez le Naturel, il revient au galop !"
Fier de lui, Max se jeta en arrière sur sa chaise, les bras levés en signe de victoire. Il venait de résoudre une nouvelle énigme, et une dure en plus ! Pourtant, en relisant son pap'lard, il ressentit un manque. L'affaire n'était pas encore bouclée. Un point particulier n'avait pas été abordé, mais impossible de mettre le doigt dessus. Il resta plusieurs minutes les yeux rivés sur le cahier, essayant de combler ce vide. Il avait remarqué en de nombreuses occasions que certaines réponses venaient uniquement si on ne les cherchait pas, donc, l'heure de se pieuter approchant, il décida de s'accoutrer de son pyjama à rayure rouges, bleues, et oranges, en attendant que celle-ci rapplique. Et il eut bien raison, car cette friponne se pointa à peine eut-il fini de se déguiser.
Il se précipita au bureau, et nota une dernière phrase sans prendre la peine de poser son arrière train.
- Et des fois, quand le Naturel il est en colère, et qu'il est revenu à son point de départ, il s'avance dans le dos des chasseurs, et leur donne un bon cou de cornes en plein dans les fesses pour les punir de leur méchanceté !
Cette fois-ci, le dossier était clos ! Du beau travail, se félicita-t-il.
Tout auréolé d'une aura d'autosatisfaction, il reluqua son oeuvre un long moment avant de refermer le cahier d'un geste lent. Des énigmes, il en avait résolues des dizaines, mais celle-ci dégageait un parfum de gloire qu'il n'avait encore jamais reniflé. Un sourire niais cramponné au visage, il partit se coucher bien avant que ses vieux ne viennent lui en donner l'ordre.

Enveloppé de ses couvertures et de l'obscurité nocturne, il repensa à cette semaine de recherche. Dure, mais stimulante. C'était la première fois qu'il prenait autant son pied à dénicher une réponse, même avec les difficultés rencontrées. Il bouillait de résoudre les autres énigmes qu'il avait rencontrées entre temps : c'était quoi les paroles de la chanson des sept merveilles du monde? A quoi ça servait de mettre les pieds dans un plat? C'était quoi l'histoire qui faisait dormir debout? Et la plus étrange, comment un matou faisait pour se retrouver dans la gorge de quelqu'un?
Autant d'intrigues et de mystères, qui d'après ses premières déductions n'appartenaient qu'à une seule et même famille, celles des Expressions, et que lui seul pouvait élucider, car visiblement, il ne fallait pas compter sur ses vieux, ses oncles, tantes, cousins, grands-parents, et l'ensemble du troupeau d'adultes en général. Ce genre d'allégorie devait avoir à leurs yeux autant d'importance que les restes d'un quelconque animal écrasé au bord d'une route.
Dès lors, il décida de toutes les répertorier et surtout de toutes les expliquer. Il s'en fit la promesse. Il deviendrait Détective en Expressions, réputé dans le monde entier. Il s'y consacrerait entièrement, tout du moins quand il n'y aura pas d'école, et peut-être qu'avec le temps, et s'il rencontre les bonnes personnes, il partagerait ses découvertes, car il trouvait quand même dommage de garder pour lui tout ce savoir fascinant.

Christophe Derouault. Avril 2009

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