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Voici un de mes premiers textes. C'est l’histoire – "le background" – de mon premier personnage rôle play. Il évoluait dans un univers d’héroïc fantasy – ou médiéval fantastique – du nom de "Royaume d’Anthérius". Ce royaume était divisé en divers lieux, tels que des cités - humaines, elfes, naines, hobbits et autres – forêts, montagnes, lacs et tous lieux nécessaires à la création d'aventures épiques. Vous en découvrirez quelques-uns dans ces lignes.

Thorgam

Il fait noir. Des bruits partout. Des grognements. Des coups contre un mur. Une femme pleure, et moi qui suis terrorisé. Un énorme craquement. Les grognements se font plus forts, plus présents. La femme hurle, un homme lève une pioche, puis du sang… partout du sang… Je suis au milieu d’un océan de sang… Des visages ignobles flottent autour de moi, il fait chaud… les visages se fendent d’un sourire menaçant… la chaleur devient étouffante… les visages se rapprochent de moi, leurs sourires révèlent des dents acérées comme des rasoirs… le sang autour de moi commence à bouillir, les sourires ont disparu, laissant place à des bouches énormes, des gouffres prêts à m’avaler, ils veulent me manger... Au secours !! Le sang me brûle, et ces bouches qui m’avalent... je vais mourir... je vais...

Réveillé en sursaut, je m’assis sur mon lit, le souffle court, les draps trempés de sueur, ne sachant pas où je me trouvais. Après quelques instants, je réalisais que j'étais dans ma chambre, chez mon oncle. Plus je restais éveiller, et plus les désagréables sensations de ce cauchemar qui m’avaient brutalement tiré de mon sommeil s’effilochaient. Mais les images restaient comme imprimées au fer rouge dans mon esprit. Ce maudit cauchemar me hantait toutes les nuits, aussi loin que remontent mes souvenirs.
- Mais pourquoi donc ? me suis-je demandé intérieurement. Que signifiait-il ?
Je n’eus les réponses que bien plus tard.
- Thorgam, tu es réveillé ? c’était une voix de femme. Il me faut encore plusieurs secondes pour rassembler mes idées et me rappeler que cette voix appartenait à ma tante, Elona. Des rayons de lumières filtraient au travers des volets. L’aube était déjà levée.
- Oui, ais-je répondu, en me forçant à employer une intonation la plus neutre possible.
- Alors lève-toi ! N’oublie pas que tu dois accompagner ton oncle à la ville aujourd’hui.
- Oui ! J’arrive.

Je sautai de mon lit et me dirigeai vers la fenêtre. J’ouvris les volets en grand afin de prendre une longue bouffée d’air frais, espérant que la rosée matinale chasserait les derniers souvenirs de mon cauchemar. La matinée était encore jeune. Dehors, mon oncle attelait déjà les chevaux à la carriole qui nous porterait à Eréonart. Il me fit un signe de la main et me cria de me dépêcher, sinon il partirait sans moi. Sans répondre, je me ruai sur mon broc d’eau et fit ma toilette matinale. Il était hors de question de rater une si belle occasion d’aller à la ville, ces voyages étaient bien assez rare, nous habitions à une quinzaine de kilomètres d’Eréonart. Mon oncle, Aminor, et ma tante avaient acheté cette ferme lorsque ce dernier avait pris sa retraite de maître d’armes. Cela faisait maintenant prés de douze ans qu’ils vivaient ici, et moi presque autant. De plus, ce jour là était celui de mon dix-huitième anniversaire, et quelque chose me disait que ce voyage, à la cité humaine, n’était pas tout à fait ordinaire. Une fois habillé, je sortis de ma chambre et avalai mon petit déjeuner en quatrième vitesse, trop pressé de partir.
Durant le trajet, je repensais aux années passées en leur compagnie. Ils m’avaient recueilli à la mort de mes parents dont je n’avais gardé aucun souvenir. J’avais sept ans. Ils m’ont aimé comme leur propre fils. Descendance qu’ils n’ont jamais pu avoir, car aux dires de la vieille du Bois des Songes, le ventre de ma tante était stérile. Tout le monde pestait après la vieille, en la traitant de sorcière, mais en secret, tous les villageois avaient eu, un jour ou l’autre, recours à ses talents mystiques. Ma tante était aller la voir par un soir sans lune. S’il y avait bien une personne qui pourrait lui dire pourquoi, après six mois de mariage, elle était toujours réglée – et ce n’était pas faute d’avoir essayé d’agrandir leur petite famille – c’était bien la vieille Edwige. Cette dernière laissa glisser ses doigts froids et noueux sur le ventre de ma tante qui fut parcourut d'un désagréable frisson. Le verdict fut sans appel. À cause d’un problème de constitution d’organes, ma tante n’aurait jamais d’enfant. Elle n'avait pas très bien compris les explications de la vieille, sauf : "Ton mari pourra te culbuter autant de fois qu’il le désirera sans avoir à s’inquiéter du nombre de bouche qu’il aura à nourrir. Tu es aussi stérile que la terre du vieux Tils, ou qu’un champ de cailloux. Tu n’auras pas de mioche ! Du moins pas de cette façon là !". Aussi, lorsque, je suis entré dans leur vie, ils m’avaient considéré comme leur propre fils.

Je me sentais tout exciter, quelque chose me disait que mon oncle me préparait une petite surprise pour ce jour si particulier, et j’avais du mal à contenir mon impatiente, assis dans la carriole. Plus je voyais la distance, nous séparant d’Eréonart, s’amenuisait, plus je trouvais le temps long. Une heure plus tard nous arrivions enfin aux portes de la cité. Je regardais tout émerveillé, comme à chacune de mes venues, la double herse qui bloque l’accès à la ville, une fois celle-ci baissée. Les hauts murs couronnés de créneaux qui protégent les habitants des envahisseurs, et ces soldats dans leur rutilante armure qui arboraient fièrement les armoiries de la ville. Ma dernière visite remontait à deux ans. Comme toujours, la foule, composée de nains, elfes, gnomes et autres peuples vivant sur le royaume, parcourant les rues aux senteurs d'épices venues de pays lointains, entre les maisons et bâtiments dont l'architecture est comparable à nulle autre, exerçaient sur moi une attirance inexplicable. Depuis tout petit, j’adorais venir me balader au milieu des échoppes et des étals des marchands, plus particulièrement chez le marchand d’armes. Les armes m’avaient toujours fasciné, et cela n’avait guère échappé à mon oncle. Lorsqu’il m’avait considéré assez mur, il m’enseigna l’art du combat. Je souris encore en repensant aux rêves que je faisais les premiers jours de mon apprentissage. Je m’imaginais parcourant les routes du royaume, dans une superbe armure, combattant des monstres en tout genre. Le jour de mes dix huit ans, je me suis senti un peu stupide. Je n’avais pas de superbe armure, et encore moins d’armes. Enfin, pas encore, d’armes, car un étrange sentiment me chuchotait que cela allait peut-être changer.
Contrairement à mes espérances, je n’ai pas pu approcher l’échoppe de Gunt, le marchand d’armes. Mon oncle m’envoya acheter diverses victuailles et autres fournitures pour la maison. Je savais très bien qu’il cherchât à m’éloigner, il ne voulait pas me laisser voir mon cadeau. Que pouvait bien offrir un maître d’armes à son neveu, et apprenti de surcroît, à part une arme pour le jour de ses dix huit ans? Au fond de moi, j’espérais avoir une épée. Arme, qui pour moi, incarnait l’élégance, le raffinement, et dégageait une sorte d’aura de noblesse. Même si mon oncle m’apprit le maniement de toutes les armes connues en ce bas monde, je trouvais celles-ci trop grossières. Le sifflement émit par la lame d’une épée, lorsque celle-ci fend l’air, m’a toujours rassuré, comme si elle avait le pouvoir de dissiper tous les problèmes, faire que ceux-ci s’effacent devant tant de grâce.
Une fois mes emplettes faites, je retournai auprès de mon oncle. Il discutait avec un de ses amis, et tout en déposant mes achats, je balayai le contenu du chariot d’un regard avide. Mais il n’y avait rien. Du moins rien qui ne ressemblait à une épée. Nous prîmes le chemin du retour après avoir avaler un léger repas dans l’une des auberges de la ville. Ce jour là, j’avais fait preuve de bien peu d’appétit, dépité que j’étais.

Sur le trajet de retour, mon oncle me fit réviser tout ce qu’il m’avait apprit. Je répondis machinalement, mes pensées étaient toutes fixées sur cet hypothétique cadeau qui, au fur et à mesure que la journée tirait à sa fin, me semblait de plus en plus irréel. Le soir arriva, et avec lui le moment de souper. Ma tante, quant à elle, n’avait pas oublié ce jour si particulier pour moi. Elle avait préparé un repas digne d’un roi, du moins en avais-je eu cette impression, et la vue d’un tel dîner, couplée à la faim d’un repas léger le midi, me fit retrouver mon coup de fourchette. Le gâteau qui clôtura ce repas fut le meilleur que je n’avais jamais mangé. Une fois le repas terminé, mon oncle demanda en quel honneur avions-nous eu droit à un tel festin? Ce à quoi ma tante répondit :
- En l’honneur de l’anniversaire de Thorgam.
- Son anniversaire ? demanda mon oncle, étonné.
- Bien oui gros bêta ! Notre jeune filleul entre dans sa dix-huitième année, dit-elle en me gratifiant de son sourire bienveillant qui ne la quittait jamais.
- Ah bon ! s’écria mon oncle. Alors cela mérite un cadeau peu commun il me semble.
Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Alors que mon oncle se dirigeait vers la porte qui donnait dans la grange, je sentis un frisson me parcourir l’échine. Il m’avait joué la comédie toute la journée, feignant l’ignorance, alors qu’il y avait pensé.
- Il avait osé se jouer de moi en un pareil jour ! avais-je pensé avec sourire.
Et pour couronner le tout, il attisait mon impatiente en mettant plusieurs minutes à revenir. Minutes qui m’avaient paru des heures. Mais quand enfin il réapparut dans l’embrasure de la porte, il tenait dans ses mains un objet long, emmitouflé dans un tissu. Malgré l’étoffe, la forme de l’objet trahissait son état. Une épée ! Il s’en était rappelé. Il approcha de moi, et à cet instant, j’eus l’impression que mon oncle me portait un artefact des plus rares et des plus puissants que ce royaume ne pourrait jamais posséder. Alors que je me levais de mon siége, il me tendit mon cadeau. Je le posai sur la table, et je retirai délicatement l’étoffe. Quelle ne fut pas ma surprise en voyant qu’il m’offrait la sienne ! L’épée qu’il avait portée à sa ceinture durant toutes ces années d’officier de la légion d’Eréonart, et maître d’armes ensuite. Je le regardai abasourdis. Il me fit un clin d’œil, et je reportai mon attention sur l’arme. Elle était magnifique. La lame, pourvue d’une gouttière, était gravée de runes et étincelait sous la lumière des lampes à huile. Le quillon symbolisait les ailes d’un dragon. La garde, son corps et le pommeau, sa tête. Je l’ai prise en main, et je l’ai brandie bien haut, comme pour signifier au monde entier qu’un nouveau combattant était né. Je sortis dans la fraîcheur du soir pour faire quelques passes. La lame sifflait dans l’air en renvoyant les premiers rayons de la lune, faisant briller celle-ci d’une lueur presque irréelle. Le reste de la soirée passa en un éclair. Je me couchai en pensant aux futures aventures que je vivrais avec cette épée. Ce soir là, j’eus du mal à trouver le sommeil, l’excitation de la soirée avait chassé toute fatigue. Mais il finit par avoir raison de moi.

Il fait noir, des bruits partout, des grognements, des coups contre un mur. Encore et toujours ce maudit cauchemar. Revenant, encore et encore, nuits après nuits, assaillant mon esprit d’images effroyables. Mais pourquoi ? Pourquoi donc ?
BAN ! BAN !
- Si vous entrez, il vous en coûtera ! s’écria un homme.
Le cauchemar avait changé. Quelqu’un parlait à présent. Un rugissement non humain se fit entendre, bien plus puissant que ceux que j’avais coutume d’entendre.
- Déguerpissez !
Encore cette voix. Je connaissais cette voix. C’était celle de mon oncle. Quelque chose ne tournait pas rond. C’était la première fois que mon oncle intervenait dans mon cauchemar.
BAN ! BAN! CRACKKKK!
D’un bond, je m’assis sur mon lit, écoutant ce qui se passait, et je compris très vite que le cauchemar s’était mué en réalité.
- Tu vas mourir vieil humain ! dit une voix gutturale
À ce moment là, un souvenir enfoui au plus profond de mon être, remonta. Une foule de sentiments m’envahit. Peur, tristesse, colère, haine. Je hurlai pour expulser toutes ces émotions. C'était des orcs qui se trouvaient devant la maison de mon oncle, tout comme ceux de mon cauchemar qui n’en était pas un. C’était des souvenirs d’une horrible nuit passée dans la maison de mes parents, lorsque j’avais sept ans. Des souvenirs qui me hantaient depuis si longtemps.

Ils avaient surgi lors d’une nuit sans lune, orcs et gobelins. La porte de notre maison n’avait pas résisté longtemps. Les orcs s’étaient rués sur mon père qui avait levé la seule arme qu’il possédait, sa pioche. Mon père n’était pas un combattant, juste un mineur. C’était l’outil qui faisait vivre sa famille, disait-il tout le temps. Mais cette pioche, il n’eut pas le loisir de l’abaisser. Le fléau d’arme d’un des orcs lui arracha le bras, et le reste de la meute se jeta sur lui. Ma mère fut prise à partie par les gobelins. Elle se défendit comme elle put, mais elle succomba très vite sous les coups de ses ignobles assaillants. Quant à moi, comment avais-je fait pour survivre ? Grâce à ma mère. Elle m'avait caché dans la cave lorsqu’elle avait compris le danger qui se trouvait à notre porte. Elle avait réussi à masquer la trappe de la cave avec le buffet. C’est étonnant la force dont peut faire preuve une mère pour sauver son enfant ! J'ai absolument tout vu de ce drame au travers des lames disjointes du plancher. J'ai même vu même ce qu’ils firent aux corps de mes parents. La dernière image que j’ai gardée en mémoire de cette nuit là, c’était le sang qui me coulait sur le visage.

Il était hors de question que cela se reproduise avec mon oncle et ma tante. J’étais trop jeune et inexpérimenté pour sauver mes parents, mais ce soir là c’était différent. Saisissant mon épée, j'ai surgi dans la pièce comme un diable hors de sa boite alors que les orcs finissaient d’enfoncer la porte. Une main au sol me signala que mon oncle n’avait rien perdu de sa superbe au combat. Un ignoble gobelin montra sa face de rat au travers du trou fait dans la porte. Il eut juste le temps de comprendre que sa fin était arrivée avant que mon épée ne le transperce.
- Thorgam ! cria mon oncle. Mets ça ! Et viens à mes cotés !
Il me jeta un bouclier que j’équipai rapidement avant d'obéir à son ordre. La porte vola en éclats, et plusieurs orcs pénétrèrent dans la maison. Aux souvenirs, récemment recouvrés, de la mort de mes parents, une haine féroce, envers cette vile engeance, s’empara de moi. Une haine qui décupla ma force et mon habileté. Les orcs et gobelins n’étaient guère plus de vingt. Juste une petite troupe. Je vis, du coin de l’œil, la lame rouillée d'un sabre orc s’abattre sur moi. Je levai mon bouclier pour parer le coup et enfonçai mon épée dans le sternum de mon assaillant. Un regard rapide sur mon oncle me permit d’apprécier son habileté au combat. D’un superbe coup de hache tournoyant, il en abattit deux. Ma tante, restée en arrière, avait eu le temps d’armer une des arbalètes de son mari, que ce dernier n’avait pas manqué de lui en montrer le fonctionnement. Elle tira. Son carreau fendit le crâne d’un gobelin, avant de transpercer le corps d’un orc se trouvant derrière. Le duo que nous formions avec mon oncle nous permit de repousser ces ignobles créatures. La chose ne fut pas aisée, les orcs étaient aussi bons combattants qu’ils étaient hideux. Une dizaine de cadavres plus tard, les survivants s’enfuirent ventre à terre, sans demander leur reste. Avec mon oncle, nous sortîmes sur le perron afin de s’assurer de leur fuite, et après avoir hurlé quelques insultes bien tournées, sous le regard blafard du disque lunaire, nous sommes retournés à l’intérieur.

Il nous fallut la nuit entière pour nettoyer la maison, et pendant ce temps, mon esprit ne cessa de repasser le combat et le souvenir de la mort de mes parents. Et au petit matin, j’eus comme une révélation. C'est à cet instant que j'ai décidé de faire tout mon possible pour combattre ce genre de créature, et défendre ceux qui en ont besoin. Le lendemain, je partis m’installer à Eréonart pour apporter mon soutien à ceux qui eurent la même idée que moi.

Christophe Derouault. Avril 2009

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