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Voici la seconde aventure de Iolyna et Dwirikith. Quoi dire de plus? Je ne sais pas. Donc bonne lecture !

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Epilogue
 

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Il faut sauver les fleurs de Iolyna.


Chapitre I

Le jour s'est levé triste et gris. De noirs nuages menacent depuis la nuit de noyer la région avec cette eau qui les gonfle et les boursoufle. Au loin, le tonnerre fait entendre sa grosse voix alors que des éclairs zèbrent l'horizon. La journée s'annonce pour le moins agitée, et la sortie organisée par la sœur semble compromise. Marie-Bavarde, de son prénom, est une pie religieuse du couvent Sainte Voleuse qui fait également office d'orphelinat. Elle a en charge l'éducation des enfants qui y sont recueillis, et cette éducation passe par la connaissance du milieu naturel, de ses bienfaits à ses dangers.
 - Ma sœur, pensez-vous qu'il soit judicieux de sortir par ce mauvais temps qui s'annonce? demande la mère supérieure, Marie-Jacasse, visiblement inquiète.
 - Je le pense, ma mère. Nous n'allons quand même pas nous laisser dicter notre conduite par quelques gouttes de pluie? Quand bien même seraient-elles aussi grosses que des pommes de pins ! Et je trouve d'ailleurs que cet orage est bien venu. Cela me permettra de montrer aux petits comment s'abriter lors de mauvais temps.
 - Certes, certes ! Mais tout de même. J'ai ouï dire que le couvent Sainte-Curieuse a subi de gros dégâts suite à une tempête, alors que cela avait débuté comme un simple orage inoffensif. Je ne suis pas tranquille ma sœur, mère Nature est bien étrange en ce moment. Vous devriez peut-être remettre cette sortie à plus tard.
 - N'ayez aucune crainte ma mère. Tout se passera bien. Les autres nonnes ne m'ont-elles pas surnommé "la pie baroudeuse"? Avant d'épouser Dieu, j'ai traîné mes ailes de part le monde, et des dangers, j'en ai connu ! Alors, celui-ci ne m'impressionne pas du tout.
 La révérende mère peut avancer tous les arguments qu'elle veut, Marie-Bavarde ne reviendra pas sur sa décision. Toutes, au couvent, connaissent très bien son caractère. Ce n'est pas une poule mouillée, ça non ! Premièrement, parce que c'est une pie, et deuxièmement, parce qu'elle a toujours été pugnace. Ceci, depuis sa plus tendre enfance. Chaque fois qu'une situation se montre intimidante, angoissante, effrayante ou cauchemardesque, elle prend le taureau par les cornes et l'affronte jusqu'à lui tordre le cou. Elle refuse de se laisser marcher sur les pieds, de se laisser souffler le dernier mot, et de laisser sa vie être guidée par autre chose que sa volonté. Cette forte personnalité a aidé le couvent à de nombreuses reprises, mais le revers de la médaille est que peu de monde a une emprise totale sur elle.
 - Je suppose qu'il est inutile d'essayer de vous faire changer d'avis. Alors soit ! Mais soyez prudente je vous prie, car en plus de cet orage, une bande de korrigan s'est amusée non loin d'ici toute la nuit. Et vous savez que ces petites gens peuvent être de véritables chenapans quand ils sont ivres.
 - Bien évidement ma mère. N'ayez aucune crainte, je vous promets de rester prudente.

¤¤¤

Dans un trou creusé au pied d'un bouleau pubescent, un petit être ronfle paisiblement. Cela fait à peine une heure qu'il s'est laissé aller à un sommeil réparateur. Comme chaque année, plusieurs semaines avant la fête de Litha*, la plupart des korrils se rassemblent à la tombée du jour pour boire, manger, chanter et jouer de la musique jusqu'aux aurores. Et comme tous les matins depuis des semaines, Dwirikith se trouve un petit trou, se fout à poil, s'emmitoufle dans un édredon de feuille et de mousse, et prend un repos bien mérité jusqu'au soir suivant.
 Mais ce matin, le destin en décide autrement. Son sommeil est interrompu par le passage d'une bande d'oisillons criarde.

Dominique, nique, nique s'en allait tout simplement,
Routier, pauvre et chantant
En tous chemins, en tous lieux,
Il ne parle que du Bon Dieu,
Il ne parle que du Bon Dieu.

À l'époque où Jean-Sans-Terre, d'Angleterre était le roi
Dominique, notre père, combattit les Albigeois

Dominique, nique, nique....**

La sœur chante haut et fort, invitant de la sorte les petits à faire de même. Elle ressent très bien la peur qui les habite sous ce ciel gris et menaçant, et elle essaye de détourner leur attention par le chant. La timidité des premières notes est très vite remplacée par la gaieté du moment. Tous braillent allégrement de leur petite voix aiguë et dissonante.
 Mais ceci n'est pas du goût de tout le monde. Jaillissant de son trou tel un diable de sa boite, notre korrigan peste avec force contre ce tapage diurne.
 - NAMEO ! Ça va pas de beugler de la sorte au beau milieu de la matinée ! Y en a qui aimerait dormir en paix !
 Cette soudaine interruption fait perdre contenance à Marie-Bavarde. C'est la première fois qu'elle est apostrophée de la sorte. Elle ne retrouve son aplomb qu'en voyant la virilité pendouillante de cette petite chose hirsute. Tout en cachant cette obscénité aux petits yeux innocents, elle remet le malotru à sa place.
 - Non, mais dites donc, jeune insolent ! Est-ce une tenue pour interpeller les animaux en pleine nature? Et puis, ce n'est plus une heure pour dormir. Les honnêtes gens ne paressent pas au lit jusqu'au milieu de la journée. L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, ne savez-vous pas ça, jeune effronté? N'avez-vous pas de travail qui vous attend? Croyez-vous être un exemple pour nos jeunes enfants, à fainéanter tout le jour et s'amuser toute la nuit? Ah ! Il est beau le petit peuple ! Vous êtes censé protéger la nature, non? Alors que faîtes-vous à dormir toute la journée? Et puis….
 Dwirikith n'en revient pas... Il est en train de se faire sermonner ! Incroyable ! Lui, se faire remonter les bretelles – qu'il n'a pas – par une religieuse ! C'est bien la meilleure de l'année, celle-là ! A plusieurs reprises, il tente de lui couper le sifflet, mais la pie porte bien son nom; Marie-Bavarde. C'est un vrai moulin à parole qui lui envoie une cascade de mot dans les esgourdes. Elle enchaîne phrases sur phrases, idées sur idées, sans faire de pause, si bien que c'est lui qui se sent essoufflé.
 Partagé entre l'étonnement de voir cette bonne sœur le prendre pour un de ses "enfants", et la colère de ne pas avoir le dessus sur une vulgaire pie, il ne sait plus comment réagir. La patiente n'est pas une grande vertu chez les korrigans, loin de là même, et face à cette situation, la sienne atteint très vite sa limite.
 Puisqu'il ne peut pas en placer une, il décide de se rhabiller et de quitter les lieux, non sans la maudire, elle et sa religion hypocrite. Ces monothéistes... Pas un pour rattraper l'autre ! Cet air supérieur qu'ils se donnent, tout ça parce que leur soi-disant divinité sait tout sur tout, mieux que tous les autres. Prétentieux va ! Personne ne connaît tout, tout le monde c'est cela ! Sinon, il n'y aurait pas autant de divinités païennes, et de fêtes pour les célébrer ! Et puis cet esprit d'entraide, de tolérance et d'abnégation qu'ils prônent, du vent ! Ils ne l'appliquent que quand cela les sert. Non mais qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre ! Y a de quoi se les attraper et se les mordre !
 Fulminant, il se met en recherche d'un autre trou douillet, alors que les jacassements de la pie résonnent encore dans la forêt. Mais l'altercation a fait fuir son sommeil, et ce mauvais temps qui menace ne l'aidera certainement pas à reprendre ses rêveries licencieuses. Encore plus en colère, il fait volte face pour regarder dans la direction d'où il est parti, et hurle à l'attention de la nonne qu'il ne voit plus:
 - Pis d'abord, un korrigan honnête, c'est un korrigan qui travaille pas !
 Puis il reprend son chemin, marmonnant et jurant dans sa barbe.
 Et comme si cela ne suffisait pas, son estomac décide d'en rajouter une couche. Quelques feuilles de pissenlit grillées et une chope d'hydromel le contenteraient certainement, mais tous ses compagnons de fête, qui raffolent des même mets, sont encore en train de dormir, eux ! Décidément, la journée commence mal ! Si jamais il recroise cette bonne sœur, il lui fera payer ces désagréments !
 Affamé, privé de sommeil et bientôt trempé, Dwirikith erre dans les bois, en se demandant où il pourrait trouver un abri sûr et accueillant. Tel l'éclair qui déchire le ciel noir, l'idée d'aller rendre visite à cette petite fée lui traverse l'esprit. Il ne l'a que très peu revue depuis leur première rencontre, et il se dit qu'ils pourraient faire plus ample connaissance s'il allait se remplir la panse chez elle. Et ainsi, il sera à l'abri. Trouvant cette idée excellente, il se dirige vers la féerique maisonnée avec entrain.

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* Litha : Fête païenne, célébrée lors du solstice d'été.
** Dominique, interprétée par Sœur Sourire. 1963.

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