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Epilogue
 

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Chapitre XV

Le trajet entre la Pointe de Corsen et la clairière de l'Arbre Gardien se fait en un clin d'œil. Du moins, est-ce l'impression que ressent Dwirikith. Bien évidemment, le sage est endormi. Notre petite héroïne doute que cela soit un sommeil réparateur, car il dort à longueur de temps, et il ne doit pas être beaucoup fatigué... Son impatience agissant pour elle, elle use de sa voix la plus forte.
 - AHHHHH ! Non mais... m'enfin... s'écrie le vénérable en sursautant. N'a t-on pas idée de hurler ainsi?
 Puis, son regard se posant sur Iolyna, il rajoute.
 - Que voulez-vous novice?
 - Ah non ! s'indigne la fée haute voix. Vous n'allez pas me refaire le coup de l'amnézie ! Ze n'ai pas que ça à faire ! Vous m'en avez assez fait baver hier !
 - M'enfin ! En voilà des manières ! Est-ce une façon de parler à un vieil arbre?
 - Non, z'en conviens parfaitement ! Mais, ze suis déjà venu hier parce que ce korrigan ci a fait pipi sur mes fleurs poudrières, et vous m'avez donné une liste d'ingrédients à récupérer pour fabriquer un remède ! Z'ai eu beaucoup de mal à l'obtenir parce que vous vous endormissiez sans arrêt !
 - Mais, je sais cela très bien ! Inutile de vous montrez discourtoise, jeune novice. Et puis, sachez que je ne dormais pas, je réfléchissais intensément !
 Iolyna doute de la véracité de ces propos, mais elle préfère présenter ses plus plates excuses et ne pas perdre plus de temps. Et puis le respect de la vieillesse l'oblige.
 - J'accepte vos excuses. Mais que cela ne se reproduise plus !
 - Plus zamais, promis !
 - Très bien ! Alors montrez-moi ces ingrédients.
 Elle saisit la besace de son ami, et en sort le trèfle à quatre feuilles du Val sans Retour, les trois crottes d'un jeune lapin puceau, la bogue de châtaigne encore fraîche, et le bol et le pilon d'Avalon.
 - Ah ! Parfait tout ça. Parfait ! Parfait ! Très bien, maintenant vous allez suivre mes instructions. Elle acquiesce d'un signe de tête, et s'agenouille devant l'ustensile.
 - Tout d'abord, il faut... il faut... faut... il...
 - Eh bien, voilà ! lâche t-elle, toujours à haute voix. Il n'a même pas commencer à m'esspliquer qu'il s'est dézà endormi ! Ze veux bien faire preuve de respect, de politesse, et tout le toutim, mais ce vieux là commence sérieuzement à m'éssauffer les zoreilles !
 Dwirikith, resté légèrement en retrait pour observer la scène, décide d'intervenir.
 - Attends ! Je m'en occupe...
 Intriguée, elle le regarde passer derrière l'arbre, sortir de sa besace une mini pique à brochette, et la planter ensuite dans le tronc, à peu près là où se trouverait les fesses d'un bipède normalement constitué. La douleur est assez forte pour réveiller et maintenir conscient le vénérable. Elle réalise alors que c'est grâce à lui qu'elle a pu obtenir les informations qu'elle souhaitait la veille. Envahit d'un sentiment de grande reconnaissance, elle ressent le besoin d'enlacer très fort son ami. Mais sa tâche actuelle est plus importante, aussi s'abstient-elle.
 - Hein ? Quoi? Qu'est-ce.... Ah oui ! Il faut effeuiller le trèfle, ajouter un peu d'eau, et écraser avec le pilon jusqu'à ce que cela forme une pâte.
 Iolyna s'exécute avec soins, usant de gestes précautionneux. Pendant ce temps, le korril abandonne son poste un instant, et s'en va remplir un ramequin en verre avec l'eau du ruisseau.
 A la pâte verte, elle mêle les trois crottes, et continue d'écraser la mixture. Après quelques minutes, celle-ci vire au brun-vert avec une odeur légèrement âcre. Elle rajoute un peu d'eau afin d'obtenir une texture plus onctueuse.
 La dernière phase de la fabrication s'avère difficile, car même fraîche, la bogue n'est pas facile à écraser, et la fée s'y brise les poignets. Et puis cela fait un moment maintenant qu'elle mixtouille avec le pilon ! Si ça continu, elle ne pourra plus bouger ses bras à la fin de la journée… Mais elle persévère, et finit par venir à bout de ce remède.
 Les paumes en feu, elle se laisse tomber sur son séant et se secoue les mains pour tenter de les refroidir un peu.
 - Boudiou ! Ça fait mal aux mains de confecssionner des remèdes. Si demain, ze n'ai pas des cals partout, z'aurais de la sance !
 - Hé ! Hé ! Et oui, petite fée ! Les récompenses ne s'obtiennent qu'en travaillant dur… Bon ! Montres moi ta préparation, s'il te plait.
 Elle prend délicatement le bol entre ses mains comme elle l'aurait fait d'un objet sacré, et le porte à hauteur d'yeux du gardien.
 - Voyons voir ça… La texture est bonne; la couleur brune, teintée de vert, aussi; et… snif ! snif ! Cette odeur âcre qui prend légèrement la gorge est parfaite. Eh bien ! Il semblerait que vous ayez également un don pour les préparations, jeune novice. Il ne vous reste plus qu'à délayer cette pâte dans un grand arrosoir, et arroser vos fleurs avec.
 La petite fée prend aussitôt congé de l'Arbre et s'envole, abandonnant Dwirikith sur place. Ce dernier tente de la suivre, mais il se prend les pieds dans les racines emmêlées, et s'étale de tout son long en jurant entre ses dents.
 - Plait-il, jeune korrigan? demande le sage, étonné.
 - Ben ! Me plairait assez que vous me rendiez mon sabot qui s'est coincé entre vos racines !
 Le gardien tourne son tronc dans la direction que lui est indiquée, et aperçoit un minuscule bout de bois à moitié planté entre deux grosses racines.
 - Bien coincé oui ! Cela vous amuse t-il de faire joujou avec mes racines?
 - Bah ! C'est vous, cela vous amuse t-il ! Je fais pas joujou ! Vous les avez bougées quand je partais !
 - Jeune insolent ! N'avez-vous donc aucun respect pour les anciens? Reprenez votre bien, et laissez moi méditer en paix, malotru !
 Dwirikith ne se le refait pas dire deux fois. Re-saboté, il file à toute allure pour tenter de rattraper son amie.

¤¤¤

Une heure plus tard, la langue pendante et le souffle cours, le korrigan arrive à la maisonnée. Il trouve Iolyna agenouillée devant son parterre, le fixant avec intensité.
 Elles font peur à voir. Les couleurs sont ternes, presque grises. Les rares pétales encore accrochés aux sépales sont flétries, et les tiges s'affaissent sur elles-mêmes. Une vision de cauchemar pour une fée, se dit-il, réalisant la gravité de son acte. Il n'aurait jamais cru que son urine puisse faire autant de dégâts à des fleurs. Cela ne se produit jamais dans la forêt…
 Prenant place aux côtés de l'éleveuse, il s'apprête à lui demander comment vont les fleurs, mais la concentration dont elle fait preuve l'en dissuade. Elle est telle une statue de marbre taillée pour exprimer un sentiment à travers les âges; l'espoir de voir son rêve refleurir. Elle fait abstraction de tout autre chose, et guette le moindre signe d'amélioration, ou d'aggravation. Si elle le pouvait, elle se mêlerait corps et âmes à ses fleurs, à leurs organes et leurs cellules pour faire activer le remède.
 L'attente commence à se faire longue pour le korril, mais une fois n'est pas coutume, il prend son mal en patiente. Parce que s'il s'en va, Iolyna le saura ! Qu'elle est fait attention à sa présence ou pas, elle le saura… Et il n'a pas envie de prendre une autre paire de bouffe, il a assez donné ces deux derniers jours. Alors il se contente de faire comme elle, regarder les fleurs, jusqu'à ce que le sommeil l'emporte aux pays des rêves.

¤¤¤

Il se réveille aux premières lueurs matinales. La fée n'est plus là, mais les fleurs ont retrouvé toute leur superbe. Des couleurs éclatantes, des pétales fraîches et gonflées de soleil, et des tiges bien droites. Le remède a agit, et bien agit même.
 Le cerveau encore éteint et la bouche pâteuse, il se met sur ses pieds et retrouve son amie dans sa maisonnée, toute joyeuse et pimpante. Elle n'a pas dormi de la nuit, mais elle est fraîche comme une rose. Elle a repris son ménage là où elle l'avait laissé avant la catastrophe.
 - Ah ! Dwiri ! Tu es réveillé. Tu dormais si bien que ze n'ai pas ozé te réveiller.
 Le korrigan répond par un marmonnement incompréhensible tout en essayant de s'éclaircir les idées.
 - Tu as vu mes fleurs? Elles sont redevenues toutes belles. C'est grâce à toi !
 Elle le prend dans ses bras, et le serre très fort contre elle tout en déposant un énorme et long bisou sur sa joue. Les oreilles du korril en frétillent de plaisir, et les dernières brumes du sommeil s'évanouissent.
 - Bah ! Euh ! Ben, c'est rien Ioio, voyons.
 Au contact de ce corps potelé contre le sien, il se souvient que leur fuite précipitée d'Irlande l'avait empêché de jouir pleinement du lit double de la chambre. Que cela ne tienne ! Puisque cette aventure se termine si bien, et qu'il y est pour beaucoup, elle ne devrait pas refuser ses avances. Il laisse donc glisser sa main sous le volant de la robe féerique, jusqu'à ce que son geste soit stoppé.
 - Dis donc petit coquin ! Z'apprécie vraiment ce que tu as fais pour mes fleurs, mais il en faut beaucoup plusse pour obtenir mes faveurs.
 Dwirikith fait un pas en arrière pour éviter la torgnole qu'il pense recevoir, mais il est juste gratifié d'un clin d'œil et un sourire charmeur. Avec un regard lascif, il la regarde retourner à son ménage.
 Afin de chasser sa désillusion, il propose son aide. Mais elle refuse promptement.
 - Tu as assez fait de dégâts comme ça, ze pense... Mais tu pourrais peut-être rapporter le bol et le pilon?
 Ce n'est pas qu'elle veuille se débarrasser de lui, mais après deux jours d'aventure commune, elle souhaite se retrouver un peu tranquille. Surtout qu'elle déteste avoir des spectateurs quand qu'elle travaille.
 - Mouais ! répond le korril, pas très enchanté par la proposition. Je sais pas... Pas envie de me retrouver face à la bande de Dougie ! J'ai pas de baguette magique moi !
 - Oh ! Le sarme que z'ai zeté à une durée de vie très courte ! Ze ne suis qu'une novice, et mes sorts ne durent pas très longtemps. Ze pense qu'ils ne sont plus en Avalon depuis bien longtemps.
 - Mouais… Suis pas sûr. Je connais bien cette racaille Irlandaise. Ils peuvent rester en planque pendant des jours pour choper un korrigan…
 - Comme tu veux Dwiri ! Mais, si tu ramènes l'ustensile, la prêtresse te laissera, peut-être, regarder sous sa robe...
 Cette fois-ci, la proposition fait mouche. A la perspective d'une possible visite de l'intimité de la dame, voir des autres dames, Dwirikith est rempli d'un entrain tout neuf. Il en oublie Dougie et sa bande, et ne pense plus qu'aux formes sensuelles féminines. Il se jette sur l'ustensile et sort en courant de la maisonnée.
 - A plus tard ma Io ! lance t-il sans s'arrêter. Gros bisou ! Je repasserais !
 Et pour toute réponse, un petit rire taquin résonne dans l'air matinal…

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