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A la recherche du gland perdu.
L'hiver venait de se retirer, et la forêt revêtait petit à petit ses habits de printemps. La faune se réveillait doucement alors que le chant des oiseaux s'égaillait de jour en jour. Monsieur Ours retira la petite boule d'excréments et de terre mêlée qui bouchait son orifice arrière, ceci afin de prévenir toutes intrusions d'insectes dans son anatomie pendant l'hivernation. Cette grosse sieste avait épuisé ses réserves de graisse, et c'est en humant l'air qu'il partit à la recherche d'un casse-dalle consistant. Jeannot et Jeannine Lapin se devaient d'en faire autant, et spécialement madame qui avait un polichinelle dans l'tirroir, et même plusieurs. Et oui ! Que voulez-vous que fasse un lapin pour se réchauffer en hiver? Jeannine trouva la température un peu basse pour la saison et préféra rester bien au chaud, laissant à son mari toute la joie d'aller faire les courses. Madame Arachné n'eut pas un regard pour le couple de rongeur, trop occupée à retisser sa toile entre deux branches nues. Quant à Patrick Bousier, le scarabée, qui cherchait une jolie petite crotte pour démarrer une nouvelle boule, il fut si content de recevoir celle de Monsieur Ours qu'il lui aurait sauté au cou s'il avait pu. La vie reprenait ses droits, et tout les animaux de la forêt vaquaient à leurs occupations. Tous? Non ! Une agitation inhabituelle secouait le royaume des écureuils. Des centaines de petits rongeurs au pelage roux sautaient de branche en branche de façon erratique. Mais que leur arrivaient-ils donc? S'étaient-ils levés du pied gauche? Etaient-ils atteints d'une fièvre étrange? La folie avait-elle gagné leur esprit? Non. Rien de tout cela. Ce qui leur arrivait était bien pire. Catastrophique même. Le Gland Sacré avait disparu. Parfaitement ! Disparu ! La feuille de chêne qui lui servait d'écrin était vide. C'était catastrophique ! Ce gland, ils y tenaient encore plus qu'à la prunelle de leurs yeux. Il était sensé protéger leur peuple, et, coïncidence troublante ou pas, plusieurs écureuils avaient rejoint leurs ancêtres durant cette saison d'hibernation.
Une enquête fut ouverte sous la direction de Quenottes Tranchantes, vaillant écureuil à l'esprit aiguisé. Assisté par l'ensemble de la communauté, les indices ne lui restèrent pas cachés très longtemps. Un rapide examen de ceux-ci dessina à l'inspecteur le profil des coupables; des humains. Un enfant et deux adultes, au moins. Un papier de bonbon caramel de la marque "Colle aux Dents" mangé par l'enfant. Un chewing-gum mâchouillé avec des traces de rouge à lèvre, négligemment abandonné là par une pimbêche tout fraîchement entrée dans l'âge adulte. Une canette de bière vide de la marque "Roteuse", que s'était sifflé un mâle à peine plus vieux et intelligent que la jeune femme. Et, en plus de ces indices matériels, il y avait, tout autour de l'arbre, des marques évidentes d'un piétinement continu fait par des grands pieds à grosses chaussures.
Quenottes était quasi sûr de sa déduction, pourtant, quelque chose ne clochait. Pourquoi des humains iraient-ils voler un seul gland? Il était reconnu par l'ensemble du monde animal et végétal que l'humain était la créature la plus stupide qu'il soit, mais là, ce vol l'intriguait. Comment savaient-ils que celui-ci était sacré? Avaient-ils des complices dans la place? Pourquoi voulaient-ils nuire de la sorte à son peuple? Ils avaient des moyens beaucoup plus rapides pour ça : armes, poisons, pièges, etc... Alors pourquoi le vol? Il y avait anguille sous roche, et il n'aimait pas ça. Il se devait de découvrir le fin mot de l'histoire. Sans perdre de temps, il se rendit à l'arbre royal afin d'exposer ses déductions et demander plus de temps pour trouver les coupables. Mais il ne put poursuivre son enquête. Des humains ! C'est tout ce que les écureuils présents retinrent. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre et mit le feu à la forêt. Du souverain au plus simple sujet, tous étaient entrés dans une rage folle. L'appel aux armes fut lancé. Plus aucun humain n'avait le droit d'entrer dans la forêt. Qu'importait s'il ne s'agissait que de quelques individus fautifs, qu'ils n'aient volé qu'un seul gland ou plusieurs, sacré ou pas. Cette fois-ci, ils étaient allés trop loin. Déforestation, pollution, extermination, s'en était trop ! Quenottes tenta vainement de faire admettre qu'il persistait un doute, mais ses congénères ne voulaient plus rien entendre. Une conscription fut levée parmi toutes les classes sociales du royaume, et tous répondirent. Les soldats se mirent en poste aux lisières des bois. Glands, noisettes, pommes de pin, et tous autres projectiles du même acabit, à portée de pattes. Et à peine une heure plus tard, les premières victimes humaines étaient recensées. Pressentant une terrible catastrophe, Quenottes se précipita au cercle de pierre. Si ses congénères continuaient dans cette voie là, leur perte était assurée, et le mal risquait fort de s'étendre à tout le royaume animal, végétal, mais aussi celui du petit peuple.
Les membres du conseil ont pour habitude de se réunir à la tombée du jour. Ainsi, une fois les affaires courantes réglées, ils peuvent s'adonner librement à leurs jeux favoris; manger, boire, chanter et danser jusqu'au petit matin. Mais ce jour là, une séance extraordinaire se déroula en fin de matinée. La rumeur d'une guerre entre écureuils et humains était parvenue aux oreilles des fées, et cela ne leur plaisait pas du tout. Beaucoup de spectateurs étaient également présents. Intrigués, inquiets ou curieux. Le conseil et toutes les petites gens avaient du mal à comprendre la réaction des rongeurs. Elles respectaient leurs croyances, certes, mais de là à s'en prendre physiquement aux humains pour un fruit qui n'était sacré que par la volonté du roi et de ses sujets, c'était poussé le bouchon un peu loin, et un peu fort mémé dans les orties. Ce fameux gland n'est pas transmit de génération en génération, depuis des temps anciens, ni un artefact oublié par un quelconque dieu, et il n'a jamais appartenu à un écureuil célèbre ou héroïque. Il est tout simplement choisi lors de la grande fête de Litha*. Durant deux jours entiers, les écureuils se rassemblent en un endroit secret, connu d'eux seuls, pour faire la fête toute la nuit du solstice. De nombreux glands sont présentés à un jury d'experts qui, après s'être arrachés la plupart des poils du crâne, en choisissaient un. Celui-ci est ensuite placé sur son autel et enveloppé d'une feuille de chêne, après avoir été sacré par le roi.
Quenottes présenta les indices trouvés, et fit part de ses déductions, et de ses doutes au conseil. Les membres étudièrent les pièces, sous les regards interrogateurs des spectateurs, et ils en arrivèrent aux mêmes suppositions que l'inspecteur. Tout désignait les humains, pourtant ce vol soulevait beaucoup de questions. Trop, au goût de la doyenne des fées. Si le petit peuple, et l'ensemble de la faune terrestre, en savait autant sur les humains, c'était pour mieux se protéger d'une espèce aussi nuisible, qui proliférait telle une gangrène sur un membre coupé. Une école avait même était créée pour dispenser cette connaissance de l'espèce humaine. Et cela leur permettait aussi de ne pas tomber dans des pièges comme semblait être ce vol. Le conseil avait sa petite idée sur les véritables coupables, mais la bienséance qui le caractérisait ne lui permettait pas de proférer des accusations sans preuves.
A l'autre bout de la forêt, alors que les premiers rayon du soleil de printemps réchauffait les tuiles moussues d'une vieille ferme, les occupants goûtaient aux plaisirs d'une bonne sieste digestive. Dans les hautes herbes, les grillons faisant leur gammes pour être prêt à l'été, tandis guêpes et abeilles inspectaient différents lieux pour installer leur future colonie. Dans la maison, un canapé vieillot supportait le corps du fermier. Ce dernier ronflait plus fort qu'un cochon en ponctuant son sommeil de quelques grognements incompréhensibles. Assise près de la porte-fenêtre pour se chauffer les os, la vieille Marie ne dormait pas. La sieste, ce n'était pas son truc. Elle préférait s'occuper les doigts avec un macramé, tout en se balançant sur son rocking-chair. Comme d'habitude, elle était entourée de ses chats qui somnolaient paisiblement. Les mâles, Tartuffe, Charbon et Bandit, dormaient à même le sol, étalé au beau milieu du carré ensoleillé qui se dessinait sur le parquet, ou sur la manteau de la cheminée dont l'âtre rougeoyait encore un peu, ou encore sur l'accoudoir du canapé caressé par les rayons printaniers. La femelle, Minette, avait droit au giron douillet de la fermière. Un manquait à l'appel. Un mâle d'à peine une année, récemment arrivé dans la famille. Personne ne savait d'où il venait, ni pourquoi il restait, et cela importait peu à La Marie. Elle aimait toutes les créatures que le bon dieu mettait sur terre, et toutes celles qui désiraient vivre dans sa ferme étaient les bienvenues, au grand désarroi du fermier. Comme tous les chats de son âge, Mistigri – c'est ainsi qu'avait été nommé le petit dernier – avait un tempérament curieux et fougueux. Il passait ses journées, et ses nuits, à découvrir ce lieu riche en étrangetés et à chasser les bestioles qui s'y trouvaient. Souris, mulots, taupes, papillons, mouches, et tout ce qui passait dans son champ de vision. En quelques mois de présence, il avait parfait sa technique au point d'exceller en la matière. Aucunes proies ne pouvaient lui échapper, il était devenu un prédateur redouté. Mais il en manquait une à son tableau de chasse. Une rebelle, une forte tête qui lui donnait du fil à retordre. Elle était bien plus maligne que les autres et arrivait toujours à lui filer entre les griffes. Mais cette fois-ci, le minou avait bien l'intention de lui régler son compte.
Il était sur sa piste depuis le milieu de la matinée. Il avait repéré son odeur, au petit matin, devant la salle de bain. Il pesta contre sa présence à l'intérieur de la maison, trouvant qu'elle prenait un peu trop de liberté. Il ne comprenait pas pourquoi la veille Marie l'acceptait. Elle était hideuse, ne cessait de promener ses pattes partout dans la maison, et son odeur l'insupportait. Peu avant le déjeuner, Tigri avait manqué de lui croquer la tête, mais là, il était sur de l'avoir. La piste l'avait conduit dans la grange où sa proie dormait tranquillement à l'étage, au beau milieu d'un tas de paille, comme elle le faisait souvent tout en le narguant. L'arrogance dont elle faisait preuve lui hérissait le poil, et si elle se pensait hors de portée en hauteur, elle se trompait bien. C'était peut-être le cas au début, mais à force de tentatives, Tigri avait réussi à dompter cet objet aussi étrange que peu commode, l'échelle meunière. Oui, chers lecteurs, vous avez bien lu ! Durant les quelques mois passés dans cette ferme, il avait appris à monter à l'échelle meunière. Il plaçait ses deux pattes avant sur le deuxième barreau et d'une petite impulsion avec les pattes arrière, il propulsait son arrière train sur le même barreau. Et là était toute la difficulté pour un chat. Les barreaux étaient bien trop fins et trop ronds pour un félin. Garder son équilibre était une prouesse des plus extraordinaire, et donc, pour éviter la chute, mais surtout pour arriver au sommet, le chat réitérait l'opération, deux barreaux par deux barreaux, jusqu'à l'étage, faisant preuve d'une souplesse et d'une rapidité qui forçait l'admiration.
L'insolente était là, couchée sur le dos, jambes écartées, mains jointes sur le ventre, et son stupide bonnet ramené sur les yeux. Tigri ne comprenait vraiment pas pourquoi le couple acceptait cette créature. Qu'avait-elle de plus que lui ou les autres animaux de la ferme? D'après les dires des autres chats, cette créature était un korrigan qui avait semé la zizanie dans la ferme dès son arrivée. Le Robert, le mari de La Marie, n'avait pas vraiment apprécié la présence de ce nuisible et lui avait donné la chasse, malgré les protestations de la fermière. Coups de balais, tapettes à souris, mort aux rats, et bien d'autres. Tout était bon pour envoyer le korrigan ad patres, et ce dernier, loin d'en être effrayé, s'en amusait beaucoup. Il en venait même à provoquer ouvertement le fermier pour avoir droit à une poursuite, et remerciait l'homme avec un peu de laxatif dans le pinard, la tapette à souris dans un chausson ou une crise d'hémorroïdes subite. Cela dura quelques temps, jusqu'au jour où la famine s'abattit sur le couple. Les récoltes de l'année précédentes avaient été très mauvaises, la faute à un printemps trop pluvieux, et celles de l'année en cours ne s'annonçaient pas meilleures. Les frais courants de la ferme avaient englouti le peu d'économies qu'ils possédaient, et le frigo avait le ventre aussi creux que ses propriétaires. Le Robert n'avait plus le coeur à chasser le korrigan, et la créature s'en trouvait très affectée. Ce n'était pas tant le manque d'amusement que le désarroi dans lequel se trouvait le couple qui la rendait triste. Elle s'était attaché à eux et ne pouvait rester là sans rien faire, malgré ses moyens limités. Bien que protecteur de la nature, les korrigans n'ont aucune prise sur elle, mais ils sont à l'origine d'un aliment qui s'avère bien utile dans ce genre de situation. Un pain. Mais par n'importe lequel ! Un pain des korrigans, dont la particularité est de se reconstituer chaque nuit, à condition de ne pas le manger jusqu'à la dernière miette. Ce n'était pas grand-chose, mais ça calait l'estomac. Et en plus de la miche, il décida d'épauler La Marie dans ses tâches ménagères, car il avait beaucoup à se faire pardonner. Il l'aimait bien aussi, la vieille femme. Elle avait toujours était gentille avec lui, même le jour où elle l'avait surprise dans la cuisine, au beau milieu de la nuit, en train d'éventrer un sac de farine. Il faisait ses courses avait-il avancé comme excuse. Elle n'avait pas été contente et le lui avait fait savoir, pourtant elle n'avait pas élevé la voix, ne l'avait pas chassé à coup de balais, ni tenté d'autre calamité. La Marie était âgée, et il avait réalisé que c'était beaucoup de travail inutile qui lui avait infligé.
Mais que le couple l'aimait bien ou pas, Mistigri avait la ferme intention de s'en faire un succulent repas. Il s'aplatit sur le sol, plaqua ses oreilles sur sa tête, et fixa son objectif avec des yeux ronds comme des billes, pupilles entièrement dilatées. Ils resta ainsi quelques minutes afin de s'assurer que le korrigan était bien endormi, et qu'il ne lui échapperait pas. Puis, sentant venir le moment opportun, il se mit à trépigner et se tassa sur lui-même avant de détendre son corps pour de bondir toutes griffes dehors. Quand il atterri, le korrigan n'était plus là. Ce misérable cancrelat en avait encore réchappé ! Le matou ne comprenait pas comment il s'y prenait pour filer comme ça ! Y avait de quoi s'en arracher les moustaches ! Il se mit alors à gratter frénétiquement la paille pour en dégager les brins, pensant que sa proie s'y dissimulait. Cette tâche accaparait toute son attention, il allait l'avoir ! Elle ne pouvait lui échapper cette fois ! Il allait la choper, la lacérer, jouer avec comme un vulgaire bouchon de liège, et finir par la mâchouiller longuement. Quand il atteint le plancher, il sentit sa queue le tirer, et avant qu'il ne comprenne ce qu'il se passait, il fut propulsé vers le bord de la rochelle. Il agita ses pattes dans tous les sens à la recherche d'un prise à laquelle s'accrocher, ne trouvant que paille sous ses pattes, jusqu'à ce que ses griffes se plantent dans le bois tendre du plancher. Son postérieur pendait dans le vide, entraîné vers le bas par une force mystérieuse. Le souffle court, il tenta de remonter en cherchant désespérément avec ses pattes arrières la poutre de soutient. Sa queue était toujours soumise à une tension extrême qui non seulement lui faisait mal, mais qui le mettait également en rogne. Il avait une sainte horreur qu'on vienne toucher, caresser, serrer ou tirer sur cette partie de son anatomie.
Alors qu'il bataillait pour se rétablir, le korrigan jaillit de derrière l'un des poteaux de la balustrade en se tordant de rire. Ce scélérat se moquait de lui, et sans s'en cacher qui plus est ! Il ne perdait rien pour attendre. L'envie de lui balancer un coup de patte lui démangeait les coussinets, mais s'il faisait ça, il se retrouverait bien vite en bas. La bestiole allait payer cher la mauvaise posture dans laquelle elle l'avait mise. Tigri tira sur ses pattes avants de plus belle pour tenter de se hisser, sans grand succès, ce qui augmenta sa frustration, et l'impudence de sa proie finit par le faire exploser. Oubliant le danger, il voulu se jeter sur le korril, mais aussitôt qu'il rétracta ses griffes, il bascula par-dessus la rochelle. La chute ne fut pas longue, et il se retrouva très vite planter dans un seau en bois, aux bords épais, et cerclé de fer, sa queue attachée à la anse par une cordelette de chanvre. Groggy, le matou resta sans réaction, affalé dans le récipient, les yeux dans le vague. Il avait du mal à se remettre les idées en place, et le seau ne lui en laissa pas le temps. Ce dernier se mit à tourner sur lui-même, se renversa et roula sur lui-même. Tel un linge secouer par le tambour d'une machine à laver, le félin se retrouva secouer dans tous les sens, et miaulait à s'en crever les poumons. Il hurlait ! Hurlait ! Et un rire espiègle lui faisait écho. Juché sur le récipient, le korrigan le baladait dans toute la grange, hilare de la position inconfortable du matou.
Iolyna Cybélia, petite fée potelée au cheveu sur la langue, faisait partie de la sororité des Ailes Papillons. Elle était également une novice. Âgée d'une petite centaine d'années, elle ne deviendrait une fée confirmée qu'après une autre centaine d'années au moins. Elle venait d'en terminer avec sa toute première mission et n'en était pas peu fière. Surtout que celle-ci n'avait pas été de tout repos.
Elle avait dû remplacer au pied levé la petite souris qui était victime de son image de rongeur nuisible et sale. Cette même petite souris qui avait la charge de donner un sou pour toutes dents tombées et placées sous un oreiller, sauf si l'enfant avait peur des mammifères de son genre. Dans ces cas là, c'était aux fées de s'acquitter de la tâche, et plus particulièrement les novices. Iolyna s'était donc rendue dans la chambre de la petite Céline, et ce qui n'aurait dû prendre que quelques heures, pris pratiquement toute la nuit, car si la petite fille avait peur des souris, c'était tout le contraire en l'encontre des fées. Elle les adorait. Sa chambre en était remplie. Des figurines aux costumes, en passant par des livres. Elle n'avait que cinq ans, mais elle était incollable sur ces petits êtres ailés. Tout ce qui lui manquait, c'était d'en voir une pour de vrai. Alors quand elle avait appris que, parfois, les fées remplaçaient les souris, son intelligence d'enfant lui avait soufflé qu'il y avait là une occasion à ne pas manquer. Aussi avait-elle décidé de ne pas dormir tant qu'elle n'aurait pas vu la fée.
Les novices avaient pour consigne de ne se faire voir par aucun être humain, sans quoi elles se faisaient disputer très fort. Trop jeunes, l'expérience de ce genre de rencontre leur faisait défaut, et sans l'aide de la lune, Iolyna avait bien failli se faire surprendre. L'astre nocturne avait enveloppé la petite Céline d'une lueur blafarde alors que celle-ci était agenouillée au pied de son lit, fixant son oreiller avec une grande intensité. Elle était restée ainsi une grande partie de la nuit, et notre petite fée avait dû prendre son mal en patiente. Elle n'avait pas encore le pouvoir d'endormir les gens, et ne possédait pas non plus de poudre de la fée pimprenelle, qui plonge celui qui en respire dans un doux sommeil. Elle s'était dissimulée parmi les figurines de fées en espérant que Céline s'endormirait au plus vite. Mais les heures s'étaient écoulées, et la petite fille était restée toujours éveillée. Iolyna avait commencé à se sentir mal à l'aise. Elle ne pouvait faillir à sa tâche, si minime soit-elle. Il lui fallait trouver un moyen d'endormir la petite fille, et vite. Elle s'était alors risquée à siffler une berceuse; Fait dodo 'cola, mon ti' frère. Le pari avait été osé, car l'attention de la petite fille aurait pu être toujours aussi alerte qu'aux premières heures de la nuit. Mais la fatigue s'était installée depuis un moment, et Céline n'avait pas réagi au sifflement. Au contraire, elle avait plongé rapidement dans un profond sommeil, et la petite fée avait filé en quatrième vitesse sous l'oreiller, échangé la dent par le sou, avant de repartir tout aussi vite, car le jour menaçait de se lever.
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* : Fête païenne, célébrée lors du solstice d'été.
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