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La forêt se réchauffait doucement sous les premières chaleurs printanières, et tous ses habitants s'agitaient à regarnir leur garde-manger ou à nettoyer leur intérieur, Dwirikith, lui, baguenaudait. Il ne savait que faire. Son tête-à-tête avec Mistigri avait été fort divertissant, mais de trop courte durée. Il avait laissé le matou dans une position bien embarrassante, ficelé comme un saucisson et pendu à une poutre de la grange. Le félin ne reviendrait pas à la charge de sitôt, le korrigan en était sûr, même si une des griffes avait emporté une partie de son gilet. Ce jeune sot aurait dû écouter les autres chats de la ferme et ne pas chercher la petite bête, surtout quand la petite bête en question est un korrigan. Tous avaient essayé et tous s'en étaient mordus les pattes.
Alors qu'il observait, d'un oeil distrait, la faune et la flore, un buisson, à l'apparence commune, remua. Intrigué, le petit génie s'arrêta et l'examina de loin. L'arbrisseau se remit en branle trois fois encore. L'esprit bien tourné du korrigan imagina un couple de lapin en plein renouvellement de leur espèce quand le buisson se mit à parler. Enfin, le terme n'est pas exact puisqu'il se contentait juste de pousser un long "A". Ce dernier gagnait en puissance au fur et à mesure qu'il s'élevait dans les airs. Dwirikith s'en retrouva littéralement le cul par terre.
- Nom d'un scarabée bousier ! s'écria-t-il. Quoi que c'est que ça ? Un arbuste qui cause ! C’est bien la première fois que j'entends ça !
C'était trop fort. Sa curiosité naturelle ne pouvait ignorer une telle chose. Il se remit sur ses pieds et courut vers le buisson qui ne cessait de prononcer la même lettre.
- Il doit certainement apprendre l'alphabet ! pensa-t-il tout haut. Mais il n'est pas encore au bout de ses peines, s'il butte ainsi sur la première lettre !
Et au moment ou il atteignit l'arbuste, le son changea.
- AAAAA ! … AAAAA ! … AAAAATCHOUMMMM!!!!!!
Une forme étrange jaillit alors. Toute ovale et recouverte d'un tissu blanc, elle percuta le korrigan en plein visage. Ce dernier se retrouva étaler à terre, assommé et écrasé par un poids inconnu.
C'était la petite fée. Iolyna se trouvait dans la même forêt et sous le même soleil, s'affairant avec grand soin à sa deuxième mission. Le conseil lui avait confié la lourde tâche, sitôt celle de la souris terminée, de retrouver le gland sacré et de le rendre aux écureuils. Depuis le petit matin, elle voletait de buissons en arbustes, farfouillant dans chacun d’eux, sans grand succès. Tout entière à sa besogne, et à son nez qui la chatouillait grandement, elle n'avait pas vu approché le korrigan.
Assise par terre, elle pesta contre son défaut de fabrication.
- Bhouuuuu ! Z'en ai marre de touzours éternuée comme ça ! lança-t-elle, excéder, tout en se frottant vigoureusement l'appendice.
N'ayant pas réalisé que son popotin avait percuté le korril, elle s’apprêta à reprendre sa quête quand ses yeux aperçurent les deux jambes de Dwiriktih entre les siennes.
- Oh ! Qu'esse donc que cette diablerie encore? Il m'est poussé deux nouvelles zambes ! Quelle bizarrie alors ! Puis en plus, elles sont toutes poilues ! Brrrrrrr ! Beurk ! Ce n'est pas beau ! Ze ne vais quand même pas garder des zambes aussi vilaines !
Alors que la fée cherchait un moyen de se débarrasser de ses encombrants nouveaux membres, Dwirikith, toujours coincé sous le popotin, commençait à manquer d'air. Il en chercha désespérément en remuant la tête comme il le pouvait, ce qui n'eut pour effet que de déclencher l'hilarité de la fée, car en plus d'avoir le nez sensible, elle avait les fesses chatouilleuses. Et suivant les mouvements de tête du korrigan, tout son corps se contorsionnait au son du fou rire qui la gagnait. La tension devenant trop forte, la fée s'envola d'un coup d'aile reflex et se retourna pour voir ce qui la chatouillait ainsi. La stupeur lui coupa son fou rire net. Etalé au sol, le visage rouge tomate, Dwiriktih gonfla ses poumons de gaz vital.
- Non mais dis donc toi ! hurla la fée, mécontente. Ca te prend souvent de mettre ton visaze sous mes fesses et de mes les satouiller? Hein ! Vilain !
- Vilain ! Comme ça vilain? s'exclama le korrigan, en se relevant et reprenant peu à peu des couleurs.
- Oui ! Vilain ! Tu crois que c'est des fassons de faire ça?
- Ben ! C'est la meilleure ça ! C'est toi qui m'assomme avec ton gros derrière, et qui tente de m'étouffer, et c'est moi le vilain? Naméo ! T'as pas l'impression qu'il y a un souci dans l'énoncé?
- Ben c'est ta faute ! Tu n'avais pas qu'à être sur mon semin quand z'éternue ! Les fées, ça éternuent souvent ! C'est bien connu pourtant !
Cette affirmation était loin d'être la vérité, mais Iolyna n'avait pas l'intention de perdre la face devant un korrigan. Et pour prendre plus de poids, elle renchérit.
- Surtout quand une fée est allerzique aux buissons et qu'elle serse quelque soze dedans ! ET PUIS ZE N’AI PAS UN GROS DERRIERE !
Elle croisa les bras sur son torse et afficha une moue vexée. Dwirikith la détailla des pieds à la tête tout en s'interrogeant sur le bien fondé de ces propos.
Elle était vêtue d'une petite robe rose à volant qui ne cachait pas grand chose de sa culotte blanche et bouffante. Ses cheveux châtains étaient coupés au carré, et ses pieds nus. C'était la première fois qu'il voyait une fée comme elle. Et c'était bien la première fois qu'il entendait pareille histoire. Des fées allergiques aux buissons? "Manquait plus que ça !" pensa-t-il. Mais plutôt que de paraître ridicule en avouant son ignorance, ne connaissant pas l'ensemble de la communauté féerique, il préféra ne pas relever. Il chercha plutôt à savoir ce qu'elle faisait par ici.
- Mais alors que faisais-tu dans ce buisson? Es-tu idiote au point de rester dans pareil endroit sachant que tu vas forcément éternuer?
- Mais euh ! Idiot toi-même ! Ze ne traîne pas dans les buissons, par hazard ! Z'effectue une mission très zimportante moi, Môssieur !
- Oh ! Sérieux? Et quoi c'est comme mission?
- Une mission secrète pour sauver la forêt !
- Ouais ! Mais en quoi qu'elle consiste cette mission secrète qui sauve la forêt?
- A retrouver un gland !
- Un gland?
- Oui, un gland!
- Et pourquoi faire?
- Ca ne te regarde pas!
Devant le refus, Dwirikith fixa la fée d'un regard interrogateur. Il ne comprenait pas comment un gland pouvait sauver toute une forêt, ni pourquoi une telle mission pouvait être secrète. Mais comme sa curiosité était son plus gros défaut, il se planta devant Iolyna et attendit la suite de l'histoire. Sous l'insistance, la fée craqua. Elle lui raconta dans les moindres détails l'affaire du vol, et la révolte des écureuils.
- Ahhhhh ! s'écria le korrigan une fois l'histoire finie. Et c'est le gland que tu cherche, c'est ça?
- Voui, c'est ça !
- Et il se trouve dans ce buisson, c'est ça?
- Pffff ! Mais non, t'es bête toi, ze ne sais pas où il est !
- Ben, pourquoi tu le cherches ici alors?
- Bah ! Parce qu'il faut bien serser quelque part ! Tu sors d'où toi?
- Moi? Du ventre de ma mère. Et toi?
- Ze viens de … Mais euh ! Ze n'ai pas le temps d'en discuter ! Z'ai autre soze de plus important à faire !
- Ah oui ! Retrouver le gland. Mais, ils sont vraiment devenus méchants les écureu........
Dwirikith ne put terminer sa question. Quelque chose vint frapper son crâne en produisant un petit bruit sourd. Surprit, il se tourna dans tous les sens pour voir d'où venait l'attaque, mais il n'y gagna qu'un nouveau choc.
- Boudiou ! s'écria la fée. Ils sont là ! Casse-toi ! Vite !
- Qui ça qu'est là? Qui? Et où? Et pourquoi se casser? Qu'ils viennent ! Me font pas peur ! Allez, viendaient vous battre un peu ! En a pas peur moi !
Alors qu'il menaçait de ses poings ses mystérieux agresseurs, un troisième quelque chose se planta en plein dans son oeil droit en produisant un petit "ploc !", rappelant le bruit qu'un caillou fait en plongeant dans l'eau. Dwirikith lâcha un long cri de douleur qui se perdit dans les frondaisons, faisant fuir les volatiles et tout autre animal qui niche à la cime des arbres. Puis, il se mit en courir dans tous les sens, se tenant l'oeil des deux mains et hurlant.
- Mon oeil ! Mon œil ! Cet abruti d'écureuil ma foutu un truc dans l'œil Ca fait mal ! Au secours ! A moi ! A l'aide ! Aide-moi ! Aide-moi ! Ousse que t'es, bon sang ? Ca fait maaaaal !
Pendant ce temps, dans une autre partie de la forêt, George PatteBlanche n'arrivait pas à croire à sa mésaventure. Alors qu'il avait fini de creuser son tout premier terrier de jeune lapin fraîchement émancipé, un trio de pixies en cavale l'avait littéralement foutu dehors. Il tenta bien de résister et de reprendre son bien, mais il n'y gagna qu'un rasage intégral de la queue et des oreilles. Ces petites gens ne s'encombrent pas de formalité quand elles veulent quelque chose, et font payer cher à ceux qui leur tiennent tête. Après son méfait, le trio avait besoin d'un lieu bien à l'abri des regards pour se planquer et dissimuler son butin. Il n'avait rien d'extraordinaire, mais à lui seul, il avait réussi à semer la pagaille dans toute la forêt. Les Pixies regrettaient de ne pas avoir vu la tête des écureuils en découvrant le vol, mais elles se consolaient en regardant les soldats au pelage roux s'en prendre à tout ce qui se montrait. Les objets humains laissés sur les lieux du crime avaient fait leur effet, et cela les amusait encore plus. Ce qui était une véritable catastrophe pour les habitants de la forêt n'était qu'une simple blague à leurs yeux. Elles se délectaient de leur idiotie en riant en gorge déployée, mais cela ne leur suffisait pas. Elles voulaient être sûres que cette journée resterait à jamais dans les mémoires. Avec un feutre trouvé au cours d'une virée dans les affaires de pique-niqueurs, elles s'amusèrent à refaire une beauté au gland. Sur la cupule, des traits représentaient une chevelure hirsute. Sur le fruit, deux cercles figuraient les yeux, un point, le nez, et un arc de cercle pour un sourire niais. Une fois leur œuvre achevée, elles se laissèrent aller à un nouveau un fou rire qui franchit les limites du terrier, laissant le voisinage dans la perplexité. L'idée de remettre le gland à sa place, ainsi grimé, fusa dans l'esprit de l'une des voleuses. Mais pour ça, il leur fallait un plan bien ficelé. Elles n'avaient pas fait porter le chapeau aux humains pour venir tout gâcher si vite. La seule chose à faire était d'attendre la tombée du jour, et de profiter des ombres pour se glisser jusqu'à l'autel.
Iolyna trouva refuge dans le buisson d'où elle avait émergé quelques instants plus tôt. Elle se fit toute petite et attendit un peu avant d'écarter précautionneusement quelques branches d'une main tout en se pinçant le nez de l'autre pour réprimer un éternuement. Quand elle fut assurée d'être hors de portée des projectiles, elle répondit au korrigan.
- Ze t'avais dit de te casser ! Tu ne peux pas écouter non? Viens bar ici pour que ze t'aide.
Mais Dwirikith avait bien trop mal pour pouvoir obéir. Il n'y voyait plus rien. D'un côté, un gland lui obstruait la vue, de l'autre, les larmes que lui tirait la douleur produisaient le même résultat. Et pour couronner le tout, les écureuils s'en donnaient à coeur joie. Iolyna était partagée entre l'hilarité de la situation et la pitié pour le korrigan. D'un coup de baguette, elle le fit léviter et le mit à l'abri des assaillants. Elle tenta ensuite de retirer le gland, mais la tâche s'avéra compliquée. Il était bien enfoncé, et le petit génie ne cessait de gesticuler.
- Mais arrêter de bouzer voyons ! s'exclama-t-elle. Sinon ze vais zamais y arriver ! Laisse moi faire !
Elle attrapa le fruit des deux mains, posa un pied sur le torse de Dwirikith, et tira de toutes ses forces. Mais cela ne suffisait pas. Elle posa alors ses deux pieds sur l'infortuné et retira à nouveau. En vain. L'objet ne voulait rien savoir. Il restait désespérément enfoncé dans l'orbite, et le korrigan avait l'impression qu'elle lui extirpait le cerveau du crâne.
- AIEEEEEEEEEEEEEEEEE ! hurla-t-il. Arrête, ça fait mal ! Aiiiieeuuuhhhhhh ! Mais tire pas dessus comme ça, t’es folle !
- Mais comment veux-tu que ze l'enlève si ze tire pas dessus?
- Je sais pas mais enlève-le ! Vite ! Vite ! Vite !
Visiblement, ils étaient dans une impasse. Le gland trouvait la place très confortable, mais le propriétaire de l'oeil n'en voulait pas. Comment faire pour retirer le squatteur? La fée chercha un autre moyen de venir en aide au petit génie. Les outils utiles pour retirer un gland d'une orbite ne couraient pas les sous bois, et elle en était bien embêter. Si seulement elle avait été plus expérimentée en tant que fée, un coup de baguette magique et hop ! Disparu le gland. Mais elle n'avait que ses méninges pour résoudre le problème. Elle pensa d'abord à utiliser une feuille. Bien façonnée pour atteindre la forme d'une petite cueillere, elle pourrait extirper le fruit. Mais la fée se ravisa bien vite, une feuille, ce n'était pas assez solide. Une branche était plus solide par contre, mais pas très adaptée. Elle risquait d'énucléer le korrigan en même temps. Et alors qu'elle passait en revue de possibles solutions, son regard tomba sur un objet adéquat.
- Ne bouze pas ! s'exclama t-elle en allant chercher sa trouvaille. Ze reviens !
Le korrigan qui n'y voyait pas tripette, paniqua.
- Comment ça tu reviens? Non pars pas ! Me laisse pas seul ! Ousse que t'esssss? Au secours ! A moi ! A l'aiiiiiiiiide !
- Mais ze reviens, ze t’ai dis ! N'ai pas peur, voyons ! Ho ! Il est pire qu'un enfant lui, alors !
Quelques instants plus tard, la fée revint à pas précipités dissimulant dans son dos le fameux objet, qui dépassait tout de même légèrement au-dessus de sa tête.
- Ca y est, ze suis revenue. Tu vois ! Il était inutile de crier et d'avoir peur !
- C'est que j'ai pas l'habitude d'être seul quand je souffre le martyre, répondit Dwirikith, se tenant toujours l'œil meurtri des deux mains.
Et entre deux coulés de larmes de son œil libre, il distingua une vague forme au-dessus de la tête de Iolyna. Sa curiosité parlant toujours la première, il ne put s'empêcher de demander.
- Tu caches quoi dans ton dos?
- Moi? Rien ! Rien ! répondit la fée, feignant l'innocence. Tourne-toi ! Ze vais te sortir le gland de l'oeil.
- Ah ! Super ! Mais… De dos, t'es sûre ?
- Bah voui ! Ze suis une pécialiste des retraits de glands dans les yeux de dos.
Une nouvelle fois, le korrigan douta des propos de la fée. Mais il garda ses pensées pour lui, elle était la seule à pouvoir l'aider. Il obéit donc et lui présenta son dos.
Iolyna sortit l'objet qu'elle cachait, une planche de bois dont la forme grossière convenait relativement bien pour ce genre d'opération. La fée se cala sur ses deux jambes, prit ses repères à l'aide de la planche, et flanqua un grand coup derrière la tête du patient. Un son creux sonna la rencontre entre le crâne et la planche, alors qu'un puissant "ploc!" retentit dans la forêt lorsque le gland fut expulsé. Dwirikith en aurait ressenti une immense extase si le coup ne l'avait pas sonné pour de bon. Il chuta face contre terre.
- Ousspe ! Ze crois que z'ai tapé un peu fort ! lâcha la fée en ponctuant d'un petit rire.
Plusieurs minutes s'écoulèrent pendant lesquelles le cerveau du korrigan eut du mal à tout rebrancher. Les seules syllabes opérationnelles étaient les onomatopées habituellement employées par les bébés. Iolyna se sentit très légèrement responsable de cet état et elle se débarrassa rapidement de son outil, avant d'habiller son visage d'une innocence sans défaut.
- Ouille ! réussit à dire Dwirikith, en se relevant enfin et se massant l'arrière du crâne. Quoi qu'il s'est passé?
- Ben ! Ze ne sais pas! Ze t'ai donné une tape dans le dos, et pouf, plus de gland, et toi, par terre, dans les pommes ! Tu n'es pas très costaud pour un korrigan, dis !
- Si je suis costaud ! C'est toi qui tapes trop fort !
- Même pas vrai d'abord ! Ze ne tape pas fort ! La prossaine fois, tu te débrouilles tout seul ! Parce qu'en plus, ze crois que c'est les zécureuils pour ton mal à la tête.
- Ah bon? Mais ce sont des sauvages !
- Bah, oui ! Ze te l'avais dis. T'es bête franchement.
- Mais t'arrête de me traiter d'idiot oui?
- Bah quoi, tu l'es un peu non?
- C'est pas une raison pour le dire sans arrêt !
Dwirikith bouda un peu, juste histoire de ne pas se laisser marcher sur les pieds, puis il décida de changer de conversation.
- Bon, dis-moi ! Ca te dit un coup de main pour retrouver ton gland?
La fée fut surprise de cette proposition. Elle fixa son interlocuteur, dont l'œil droit commençait à virer au noir, et se demanda si la question était sérieuse ou comique? Les korrigans n'étaient pas de farouches travailleurs, et Iolyna doutait que celui-ci aille jusqu'au bout de la tâche. Mais les fées et les korrils avaient toujours entretenu de bons rapports, et elle ne pouvait décemment pas refuser.
- Si tu penses pouvoir y arriver, voui pourquoi pas !
- Bah, un peu que je vais y arriver, non mais ! On sera pas trop de deux pour cette mission, sont vraiment cinglés ces écureuils. Tu t'appelles comment?
- Iolyna Cybélia ! répondit la fée avec un grand sourire.
Elle adorait quand on lui demandait son nom. Tout le monde le trouvait très chou, voir très beau, et les compliments étaient son plat favori. Le korrigan ne dérogea pas à la règle.
- Ah ! C'est joli ça ! Et ça veut dire quoi?
- En langaze de fée ça veut dire Fleur de Lys. dit-elle en rougissant. Et toi?
- Dwirikith Galawan ! Répondit le korrigan, tout aussi fier.
- Ce n'est pas terrible comme nom, ça.
- Comment ça pas terrible? Si, l'est très bien mon nom !
- Bof ! Et ça veut dire quoi?
- Ca veut dire … Ca veut dire … Euh !... Je sais pas ce que ça veut dire, mais il est très bien.
A nouveau, Dwirikith bouda. La fée aimait bien son nom, mais elle n'avait pas l'intention de le lui dire, car elle aimait encore plus le taquiner. Elle trouva étrange de développer un tel sentiment pour quelqu'un qu'elle connaissait à peine. Aimer taquiner quelqu'un, c'est également l'apprécier. Il pouvait être un individu peu fréquentable ou ne lui apporter que des ennuis, voir pire. Mais le parfum d'insouciance qui émanait du korril, et qui s'avérerait très certainement énervant, l'attirait. Elle était persuadée qu'elle ne s'ennuierait pas avec lui, et son trouble s'évapora lorsque Dwirikith reprit la parole.
- Bon ! Par où est-ce t-on que l'on commence pour chercher ton gland?
- Ben, ze ne sais pas ! Il n'est pas dans le coin en tout cas ! Ze crois qu'en volant, on aura plus de sance !
Sur ces mots, la fée s'envola. Ses ailes de papillons battirent vigoureusement l'air, et son petit corps s'éleva doucement. Dwirikith la regarda faire d'un oeil distrait quand la position finale de sa nouvelle amie lui tira un sourire. Alors que le haut du corps féerique avait cessé son ascension, le bas, lui, avait continué de monter pour s'arrêter légèrement au-dessus de la tête. Iolyna volait avec le popotin plus haut que les épaules, donnant ainsi l'impression de toujours regarder le sol.
- Bon allez ! lança-t-elle. Zou ! C'est parti mon kiki !
Mais elle fut stoppée dans son élan par le korrigan.
- Bah attends ! Je sais pas voler moi !
- Hein? Ah oui, c'est vrai ! Comment vas-tu faire alors? Ze ne suis pas sûre que tu cours aussi vite que ze vole !
- Moi non plus, mais même si ça avait été le cas, je l'aurais pas fait !
Dwirikith réfléchit un moment, tout en se grattant les rouflaquettes.
- Je sais ! s'exclama-t-il, en pointant le ciel du doigt. Bouge pas je reviens !
Il fila à toutes jambes dans les sous bois, sous le regard intrigué de Iolyna. Elle redescendit sur le sol et patienta. Quelques secondes plus tard, un oiseau pointa le bec dans sa direction, et lorsque le piaf arriva à sa hauteur, elle aperçut le korrigan juché sur son dos.
- Re ! lui dit-il. Je te présente Pioupiou le colibri ! Un ami. L’est-il pas mignon?
Stupéfaite, la fée ne sut trop quoi répondre.
- Euh ! Si ! Si ! Bon, on y va maintenant ? demanda-t-elle d’une voix qui trahissait son impatiente.
- Ok ! Go ! lança Dwirikith, en tendant le bras devant lui comme s'il sonnait la charge d'une cavalerie.
Et les voilà partis tous deux, enfin, tous trois, en quête du Gland Sacré. Iolyna volait à toute vitesse dans sa posture inimitable, suivit de très près par Pioupiou et de son cavalier. Ce dernier n’avait pas pour habitude de se trouver dans pareille situation, et son assise était mal assurée. Il se stabilisait du mieux qu’il pouvait en serrant le corps de l’oiseau entre ses jambes, se cramponnant fermement aux plumes de l’animal d'une main, tandis que de l'autre, il retenait son bonnet qui menaçait de s'envoler.
- Bon sersons maintenant ! dit la fée, alliant le geste à la parole.
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